La face obscure des éoliennes offshore : un désastre silencieux pour les animaux marins ?

L’éolien en mer pourrait bien révolutionner notre production d’électricité, mais saviez-vous qu’il menace aussi certaines espèces marines ?

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La face obscure des éoliennes offshore : un désastre silencieux pour les animaux marins ?
La face obscure des éoliennes offshore : un désastre silencieux pour les animaux marins ? © RSE Magazine

L’énergie éolienne en mer se positionne comme un acteur majeur dans la transformation de notre manière de produire de l’électricité. Selon le Réseau de Transport d’Électricité (RTE), la demande devrait augmenter de 20 % d’ici 15 ans. Du coup, développer les énergies renouvelables – qu’il s’agisse de l’éolien terrestre ou marin – figure parmi les priorités du gouvernement français. Parallèlement, ce boom soulève des questions sur les répercussions pour la faune marine et les oiseaux.

Les défis du vent en mer

La Commission européenne a décidé de multiplier par cinq le parc éolien offshore européen d’ici 2030, et par vingt-cinq d’ici 2050. Pour la France, cela représenterait l’installation de 7 100 nouvelles éoliennes en mer. Cependant, les retombées sur la pollution des écosystèmes marins restent encore mal étudiées. Parmi les risques évoqués, on cite notamment les collisions entre oiseaux ou chauves-souris et les pales, ainsi que l’attraction de certaines espèces marines vers les bases émergées des installations, ce qui augmenterait les risques de collision.

Des chercheurs de l’université de Wageningen (Pays-Bas) se sont penchés sur ces effets sur la protection des océans. Leurs travaux, publiés dans la revue « Ocean & Coastal Management« , utilisent des analyses d’ADN environnemental pour détecter la présence d’espèces comme les requins et les raies autour des parcs éoliens néerlandais. Ils montrent ainsi que les interdictions de chalutage et de pêche perturbatrice dans ces zones permettent à certains écosystèmes marins de se régénérer.

Des verdicts en justice et des conseils d’experts

Récemment, le Tribunal judiciaire de Montpellier a condamné deux parcs éoliens pour leurs répercussions négatives sur des espèces rares d’oiseaux. Ce jugement rappelle qu’il faut bien étudier les effets sur l’environnement avant de lancer de nouveaux projets. De plus, le Comité national de protection de la nature (CNPN) a publié un rapport préconisant un moratoire sur les projets offshore jusqu’à ce que des études plus approfondies soient menées.

Les méthodes actuelles d’évaluation reposent sur la séquence « Éviter, réduire, compenser (ERC) », mais manquent souvent de données précises pour ajuster les modélisations. En France, il n’est pas encore possible de quantifier la mortalité des oiseaux en mer due aux activités humaines. Des experts, comme Geoffroy Marx, insistent sur l’urgence d’en apprendre davantage sur ces phénomènes.

Les technologies de demain et l’avenir

L’éolien flottant est une technologie émergente avec quatre projets pilotes prévus entre 2022 et 2025, et le premier parc commercial pourrait démarrer en Méditerranée dès 2028. Ces infrastructures pourraient bien jouer un rôle important dans nos stratégies de protection de la vie marine (si elles sont implantées dans des conditions optimales).

On explore également des solutions innovantes, comme l’utilisation de radars pour stopper temporairement les pales quand un groupe d’oiseaux passe à proximité. Néanmoins, ces mesures pourraient affecter la rentabilité des parcs, une préoccupation réelle pour leurs exploitants, soulignant l’impact sociétal et environnemental.

Vers un avenir partagé ?

Les installations énergétiques en mer offrent potentiellement un double avantage : alimenter la transition énergétique tout en soutenant la biodiversité. Des études récentes révèlent que, dans certaines conditions, ces structures peuvent créer des habitats stables pour des espèces vulnérables, telles que les requins et les raies.

Barbara Pompili souligne l’importance d’une approche au cas par cas, sans rejeter d’emblée l’éolien dans des zones sensibles. En Belgique, des études ont mis en évidence plusieurs effets positifs sur la biodiversité, notamment la création d’un effet récif bénéfique.

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