En 1994, un garde forestier a découvert un arbre fossile dans un canyon proche de Sydney

Moins de 60 exemplaires survivent à l’état sauvage, cachés dans un canyon secret depuis des millénaires. Ce « fossile vivant » contemporain des dinosaures a même frôlé l’extinction lors des terribles incendies de 2020. Son histoire est hallucinante.

Publié le
Lecture : 2 min
En 1994, un garde forestier a découvert un arbre fossile dans un canyon proche de Sydney
En 1994, un garde forestier a découvert un arbre fossile dans un canyon proche de Sydney © RSE Magazine

En septembre 1994, David Noble, garde du parc national de Wollemi, en Australie, descend en rappel dans une gorge gréseuse encaissée, à 150 kilomètres au nord-ouest de Sydney, dans le massif des Montagnes Bleues. Il prélève un rameau sur un arbre qu’il ne reconnaît pas et le glisse dans son sac, sans savoir ce qu’il vient de trouver.

Expert en canyoning, il explorait ce jour-là une gorge isolée. Au fond du ravin, il remarque quelques dizaines d’arbres au tronc sombre, à l’écorce étrangement bulleuse, qui ne ressemblent à aucune espèce locale connue.

Un genre inédit baptisé en son honneur

De retour à Sydney, les botanistes du jardin botanique tentent d’identifier le rameau. Aucune espèce répertoriée ne correspond au feuillage observé. Après plusieurs mois d’analyses, les chercheurs concluent qu’il s’agit d’un genre jusqu’alors inconnu, baptisé Wollemia nobilis en hommage à son découvreur, rapporte Futura Sciences. L’espèce est décrite l’année suivante dans la revue scientifique Telopea.

Le pin de Wollemi appartient à la famille des Araucariacées, qui compte notamment les araucarias et le pin de Norfolk. La presse australienne a qualifié cette trouvaille de découverte botanique du siècle, les grands conifères du pays étant jusque-là considérés comme parfaitement inventoriés.

Un fossile vivant du Jurassique

La lignée des Araucariacées remonte à près de 200 millions d’années, à l’époque où ces arbres dominaient les forêts peuplées des grands dinosaures herbivores. Jusqu’à la découverte de Noble, ce groupe n’était connu que par des empreintes fossiles. L’espèce est désormais surnommée fossile vivant, au même titre que le cœlacanthe ou le ginkgo.

Les plus hauts sujets dépassent 40 mètres. Leur écorce spongieuse évoque des bulles de chocolat soufflé. Fait troublant : tous les arbres sauvages recensés sont génétiquement quasi identiques, signe d’un goulot d’étranglement démographique ancien, la population étant tombée à une poignée d’individus il y a plusieurs milliers d’années.

Moins de 60 pins de Wollemi adultes subsistent dans la nature, répartis sur quatre bosquets voisins nichés dans une gorge des Blue Mountains, région inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est l’unique habitat naturel connu de l’espèce.

Les autorités australiennes gardent secrète la localisation exacte du site. Une visite non autorisée pourrait entraîner le piétinement des jeunes pousses ou introduire des maladies susceptibles de décimer ce qu’il reste de la population. L’arbre est protégé par la loi australienne, et l’emplacement des bosquets reste tenu secret pour déjouer les collectionneurs.

Fin 2019, les immenses incendies qui ravagent l’Australie menacent directement ce sanctuaire. Les autorités déclenchent une mission de sauvetage exceptionnelle. Des avions bombardiers d’eau larguent des produits retardateurs pour former une barrière protectrice autour des arbres, tandis que des pompiers spécialisés sont hélitreuillés dans la gorge pour installer un système d’irrigation destiné à maintenir l’humidité autour des conifères.

Le feu finit par traverser la zone protégée. Pendant plusieurs jours, une épaisse fumée empêche les équipes de savoir si les arbres ont survécu. L’attente est jugée particulièrement angoissante.

Le 15 janvier 2020, les autorités annoncent le sauvetage réussi des pins. Matt Kean, alors ministre de l’Environnement de Nouvelle-Galles du Sud, salue un succès phénoménal.

Les botaniques ont mis au point une méthode de multiplication par bouturage. Depuis 2006, des pépiniéristes vendent au grand public des plants issus de ces boutures, une diffusion qui vise aussi à décourager le pillage des stations naturelles.

L’arbre résiste du gel léger aux fortes chaleurs. Il est planté dans des jardins sur tous les continents, loin du canyon où il a traversé les âges à l’abri des regards.

Laisser un commentaire