Des militants de Greenpeace ont largué de gigantesques rochers dans la mer du Nord pour accrocher les chaluts des navires de pêche industrielle qui opèrent dans une zone marine censée être protégée. L’opération a été menée depuis l’Arctic Sunrise, le navire de l’organisation, au large de la côte est de l’Angleterre.
Les blocs ont été déposés pour former une barrière sous-marine tout autour de la zone marine protégée (MPA) de la Southern North Sea, désignée par Greenpeace UK comme la MPA la plus chalutée en fond du Royaume-Uni.
116 km² fermés au chalutage de fond
Cette barrière de rochers ferme de fait 116 km² de la zone au chalutage de fond, selon Greenpeace UK. Les militants ont rebaptisé l’endroit parc océanique, en référence à l’esprit des parcs nationaux britanniques. Certains rochers portent des noms : la députée travailliste Kerry McCarthy, ancienne ministre du climat et membre du groupe parlementaire pour l’océan, a inscrit le sien sur l’un d’eux, aux côtés de ceux des acteurs Simon Pegg et Benedict Cumberbatch.
Dans les jours qui suivent, l’Arctic Sunrise doit rester sur place pour patrouiller et dissuader d’autres formes de pêche industrielle. Greenpeace UK avait prévenu en juin 2026 que si le gouvernement n’agissait pas rapidement, l’organisation passerait à l’action directe.
« D’immenses navires sillonnent la mer jour après jour, la vidant de ses poissons et tuant une faune précieuse, notamment des marsouins, des requins et des oiseaux marins. Grâce à notre navire et au mouvement qui nous soutient, nous accomplissons ce que le gouvernement ne fait pas : nous protégeons nos mers. », a déclaré Will McCallum, co-directeur exécutif de Greenpeace UK.
Une zone protégée sur le papier seulement
La Southern North Sea s’étend du nord de Dogger Bank jusqu’au détroit du Pas-de-Calais. Elle abrite près de 20 % de la population de marsouins communs de la mer du Nord britannique, et sa protection vise notamment à garantir la disponibilité de leurs proies.
Dans les faits, il n’existe aucune restriction de pêche sur la majeure partie de la zone : chalutiers de fond, dragueurs et autres navires industriels la sillonnent quotidiennement. Une analyse de Greenpeace UK a mesuré plus de 37 200 heures de chalutage de fond dans cette seule zone en 2025.
Kerry McCarthy a résumé cette contradiction : « Fishing boats can legally tear through supposedly protected areas of the ocean, wreaking havoc upon the seabed, precious habitats and the sea life that lives there. Progress is too slow and nature can’t wait, which is why I’ve added my name to one of Greenpeace UK’s boulders. »
Elle réclame une interdiction du chalutage de fond et de véritables sanctuaires protégés, aussi bien dans les eaux britanniques que dans l’Atlantique.
55 600 km² de fonds marins labourés dans les MPA britanniques
Le constat dépasse la seule Southern North Sea. Selon une autre analyse de Greenpeace UK, chalutiers de fond et dragueurs ont retourné, en 2025, un total cumulé de 55 600 km² de fonds marins à l’intérieur des zones marines protégées britanniques, une surface proche de celle de la Croatie.
Ces engins y ont passé au moins 115 000 heures, soit l’équivalent de plus de 13 années de pêche ininterrompue. Chaque passage d’un même secteur est compté séparément. Le chalutage répété aggrave par ailleurs les dommages causés à l’écosystème. Greenpeace compare cette activité à « un bulldozer qui ravage un parc national précieux ».
Autre chiffre avancé par l’organisation : les chalutiers de fond et dragueurs ont labouré, l’an dernier, l’équivalent de 58 fois la superficie du parc national de Dartmoor dans les MPA du pays. Sur les 378 MPA britanniques, seules 43 sont pleinement protégées par la loi contre le chalutage de fond destructeur.
265 ans pour protéger 30 % de l’océan
Un rapport de Greenpeace International, intitulé Well Connected: Protecting the Atlantic High Seas through an ocean-wide sanctuary network, estime qu’au rythme actuel il faudrait 265 ans pour atteindre l’objectif de protection pleine de 30 % de l’océan, seuil jugé nécessaire par les scientifiques pour lui donner une chance de récupération.
Seulement 3,5 % de l’océan mondial est pleinement ou fortement protégé, et à peine 1 % des eaux britanniques le sont. Les gouvernements du monde entier se sont pourtant engagés à protéger 30 % des terres et des mers d’ici 2030, un objectif dont les progrès sont examinés à la conférence des Nations unies sur la biodiversité en Arménie.
Will McCallum a dénoncé dans un communiqué que des destructions à grande échelle se produisent près de nos côtes, hors de vue, dans des endroits que l’on nous dit être des « zones marines protégées ». « Nous lançons un défi audacieux aux ministres : interdire les pratiques de pêche destructrices dans l’ensemble de nos eaux protégées, et prendre l’initiative de créer un réseau de sanctuaires océaniques à travers l’océan Atlantique. »
L’action de l’Arctic Sunrise intervient alors que la BBC diffuse en première nationale Blue Planet III, le dernier documentaire sur les océans narré par David Attenborough.
Le ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales a répondu que le Royaume-Uni dispose d’une législation stricte pour protéger l’environnement marin tout en soutenant une pêche durable et les communautés côtières. Toutes les zones marines protégées sont sauvegardées par cette législation, avec des activités de pêche dommageables déjà interdites dans plus de 100 sites, a précisé un porte-parole du Defra, ajoutant que des restrictions supplémentaires sont envisagées là où elles présenteraient un bénéfice.
Les activités en mer doivent par ailleurs être menées légalement et dans le respect de la sécurité des autres usagers, a rappelé le ministère.






