Les entreprises bientôt garantes de la qualité des formations de leurs salariés

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Compte Personnel Formation Reforme
Les entreprises bientôt garantes de la qualité des formations de leurs salariés © RSE Magazine

Avec la loi du 25 juin 2026, le CPF bascule dans une nouvelle ère : chaque formation nécessite désormais la validation d’un tiers de confiance, souvent l’employeur. Ce virage gouvernemental repositionne les entreprises comme garantes de la qualité des formations de leurs salariés, créant à la fois des opportunités de pilotage RH et des risques éthiques d’instrumentalisation.

De la liberté de choix au pilotage stratégique : la fin d’une époque pour le CPF

Avec la loi du 25 juin 2026, les entreprises ne sont plus des spectatrices de la formation professionnelle de leurs salariés : elles en deviennent les garantes. La validation obligatoire par un tiers de confiance redessine les contours de la responsabilité sociale des entreprises en matière de développement des compétences. Mais derrière les 350 millions d’euros d’économies annoncées par Bercy, se profile un enjeu majeur : comment concilier maîtrise budgétaire, cohérence RH et liberté individuelle des salariés ? Le Compte Personnel de Formation (CPF) bascule dans une nouvelle ère où le rôle de l’employeur devient central.

Depuis 2018, la réforme portée par Muriel Pénicaud avait transformé le CPF en marché B2C où chaque actif choisissait librement sa formation via l’application Mon compte formation. Les dépenses ont explosé : de 740 millions d’euros en 2018 à 2,7 milliards en 2021. Face à cette dérive budgétaire, le gouvernement opère un virage à 180 degrés. Désormais, chaque inscription nécessite l’aval d’un tiers de confiance : employeur, conseiller en évolution professionnelle (CEP), ou opérateur spécialisé.

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, assume pleinement ce changement de cap : « Chacun pourra toujours construire son parcours professionnel, mais nous voulons désormais faire vérifier que chaque formation est cohérente par rapport aux évolutions professionnelles souhaitées par le salarié et réalistes par rapport à la réalité du marché du travail », déclarait-il aux Échos le 17 juillet 2026.

Validation obligatoire : une responsabilité nouvelle pour les RH

Concrètement, les directions des ressources humaines doivent désormais évaluer la pertinence de chaque demande de formation. Sont-elles alignées avec la stratégie de l’entreprise ? Répondent-elles aux besoins de montée en compétences ? Correspondent-elles aux perspectives d’évolution du salarié ? Autant de questions qui repositionnent la fonction RH comme arbitre de la formation professionnelle.

Les entreprises retrouvent également un rôle accru dans le financement. Les mécanismes d’abondement employeur montent en puissance, permettant de compléter les 1.500 euros désormais plafonnés du CPF. Pour les directions RSE, l’opportunité est double : piloter les parcours de formation tout en démontrant leur engagement dans le développement durable des compétences. Mais attention : les sanctions se durcissent en cas d’absence injustifiée à l’examen final. Le salarié doit désormais rembourser intégralement les sommes versées, avec une majoration de 10% en cas de retard.

Des risques éthiques : l’instrumentalisation du CPF au service du court terme

Le revers de la médaille inquiète les syndicats. Jérôme Martin, secrétaire national de la CFDT en charge de la formation professionnelle, redoute que les employeurs privilégient les formations d’adaptation immédiate au poste plutôt que les projets de reconversion ou d’évolution à long terme. Le risque d’instrumentalisation est réel : un salarié souhaitant se former à un métier en tension ou préparer une mobilité externe pourrait se voir opposer un refus de validation.

Toujours interrogé par Les Échos, Antoine Foucher, ex-directeur de cabinet de Muriel Pénicaud et architecte de la réforme de 2018, dénonce une « destruction pure et simple du CPF » et une « vision archaïque et paternaliste du patronat qui sait mieux que les salariés ce dont ils ont besoin ». La tension entre maîtrise des coûts et liberté individuelle devient un enjeu de gouvernance éthique pour les entreprises engagées dans une démarche RSE authentique.

Cohérence professionnelle et réalisme du marché : deux critères à intégrer

La validation obligatoire impose aux entreprises de définir des critères transparents. Quelles formations soutenir ? Comment évaluer la cohérence d’un projet professionnel ? Les directions RSE doivent formaliser des grilles d’analyse qui évitent l’arbitraire tout en préservant l’alignement stratégique. Les organismes de formation, de leur côté, devront publier leurs taux de réussite et transmettre à la Caisse des dépôts des données sur les candidats inscrits, présents et réussis. Une transparence accrue qui peut servir de boussole aux employeurs.

Mais la cohérence ne doit pas rimer avec court-termisme. Les entreprises les plus matures en RSE intègrent déjà des critères d’employabilité durable : formations certifiantes, compétences transférables, anticipation des transitions écologiques et numériques. L’enjeu est de transformer la contrainte réglementaire en levier de différenciation RH.

Vers une formation professionnelle plus durable et inclusive ?

Paradoxalement, la réforme pourrait favoriser une approche plus qualitative. Avec une demande en formation qui a chuté de 38% en mai 2026 par rapport à la moyenne 2023, le marché se réoriente vers des parcours mieux accompagnés et plus exigeants. Les entreprises engagées dans des politiques d’inclusion peuvent saisir l’opportunité pour soutenir les salariés les moins qualifiés, souvent éloignés des dispositifs de formation.

Le budget de France compétences pour les conseillers en évolution professionnelle atteint 100 millions d’euros en 2026, et 191.000 salariés ont eu recours à un CEP en 2024 (en hausse de 8%). Ces chiffres témoignent d’une professionnalisation de l’accompagnement, condition sine qua non d’une formation inclusive et efficace.

350 millions d’euros d’économies : à quel prix pour la confiance ?

Bercy table sur 350 millions d’euros d’économies annuelles grâce à la validation obligatoire. Mais si le robinet se ferme trop brutalement, le risque est double : décourager les salariés légitimement en quête de reconversion et fragiliser les organismes de formation de qualité. Les entreprises doivent donc trouver le juste équilibre entre rigueur budgétaire et investissement dans les compétences.

Les directions financières et RSE doivent collaborer étroitement pour définir des enveloppes d’abondement cohérentes avec les objectifs de développement RH. Une politique de formation restrictive peut générer des économies à court terme, mais dégrader l’attractivité employeur et la fidélisation des talents à moyen terme.

Conseiller en évolution professionnelle : un rôle clé pour limiter les conflits d’intérêts

Pour éviter les dérives, le recours aux conseillers en évolution professionnelle devient stratégique. Neutres et indépendants, ils peuvent arbitrer les situations où les intérêts de l’employeur et du salarié divergent. Jérôme Martin rappelle toutefois que les moyens du CEP doivent être à la hauteur : « Les effets d’aubaine employeurs sont à craindre si l’accompagnement n’est pas renforcé ».

Les entreprises soucieuses de leur responsabilité sociale gagneront à encourager systématiquement leurs salariés à consulter un CEP avant validation. Une démarche qui protège à la fois la liberté individuelle et la cohérence collective, tout en documentant la transparence du processus. À l’heure où la préservation de l’existant devient un enjeu majeur, préserver la confiance dans le système de formation professionnelle relève d’une responsabilité similaire.

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