Comment la Chine construit à 2 200 mètres d’altitude par -20 degrés : 27 miroirs qui transforment la lumière du soleil en outil de chantier

Des miroirs géants sur une montagne chinoise font gagner trois heures de travail par jour aux ouvriers. Résultat : un barrage produit déjà de l’électricité avant même d’être terminé, et vise un record mondial.

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Comment la Chine construit à 2 200 mètres d'altitude par -20 degrés : 27 miroirs qui transforment la lumière du soleil en outil de chantier
Comment la Chine construit à 2 200 mètres d’altitude par -20 degrés : 27 miroirs qui transforment la lumière du soleil en outil de chantier © RSE Magazine

Le barrage de Shuangjiangkou, dans la province chinoise du Sichuan, a commencé à alimenter le réseau électrique avant même d’être achevé. La première de ses quatre turbines, d’une puissance de 500 mégawatts, a été connectée le 26 juin 2026. Cette prouesse tient en grande partie à un dispositif inattendu : des miroirs géants installés sur la montagne.

L’ouvrage se dresse dans une vallée montagneuse étroite, à environ 2 200 mètres d’altitude. L’hiver, le thermomètre y descend jusqu’à -20°C, un froid qui gèle le sol. Or construire un barrage exige de compacter de la terre, et la terre gelée ne se laisse pas compacter. Le chantier, lancé en 2015, se heurtait donc à une contrainte saisonnière qui réduisait drastiquement les fenêtres de travail.

La parade trouvée par les ingénieurs tient en 27 héliostats, des miroirs qui pivotent pour suivre la trajectoire du soleil et réfléchissent sa lumière vers les zones du noyau d’argile restées à l’ombre. Les premiers essais ont débuté en 2021.

En février 2022, 20 de ces miroirs étaient déjà installés, pour une surface réfléchissante totale d’environ 1 340 m². Des tests menés pendant la construction ont relevé des hausses de température allant jusqu’à 6°C en surface illuminée.

Trois heures de travail gagnées chaque jour

Sur le noyau d’argile proprement dit, le gain se limite à environ 3°C. Cela suffit pourtant à changer la donne au quotidien. Wen Qingwen, responsable du département de construction du barrage à la filiale de China Energy, l’a expliqué au quotidien People’s Daily : ces 3 degrés permettent d’augmenter de 3 heures le temps de travail effectif chaque jour.

Des heures qui ne sont pas anecdotiques, selon lui : elles suffisent à mettre en place 2 000 mètres cubes de terre, l’équivalent de 100 camions.

Le barrage lui-même n’est pas en béton mais en roche et en terre, avec des blocs extérieurs pouvant atteindre deux mètres de diamètre et, au centre, un noyau fin d’argile et de gravier. Li Yonghong, ingénieur en chef de conception du projet, le décrit comme « une énorme galette fourrée ».

Il faudra plus de 46 millions de mètres cubes de matériau pour achever la structure, qui gagne en moyenne un mètre tous les deux jours depuis le début de son remplissage, en avril 2020.

Le site cumule les difficultés : activité sismique, pentes très escarpées, risque d’éboulements. Pour la saison des pluies, de grandes tentes gonflables conservent 50 000 tonnes de terre à humidité et température constantes. Liu Haiyang, directeur de construction du projet, résume la situation en expliquant que construire dans ces conditions, c’est comme empiler des roches sur une coupe de cristal qui vacille.

Le barrage culmine, au 6 octobre 2026, à 260 mètres, une hauteur déjà suffisante pour le dénivelé nécessaire à la production d’électricité, précise Liu Haiyang.

Vers le titre de plus haut barrage du monde

À terme, Shuangjiangkou atteindra 315 mètres, un remplissage prévu pour 2027. Il dépassera alors Jinping-I, également situé au Sichuan, qui culmine à 305 mètres et détient, au 6 octobre 2026, le record parmi les barrages achevés. Ce record pourrait toutefois être de courte durée : le barrage de Rogun, au Tadjikistan, est conçu pour atteindre 335 mètres.

Côté production, fin août 2026, trois turbines tournaient déjà, totalisant 1 500 mégawatts sur les 2 000 mégawatts prévus une fois les quatre unités en service. La centrale devrait alors produire environ 7,7 milliards de kWh par an. Le réservoir, lui, stockera 2 900 millions de mètres cubes d’eau, destinés notamment à réguler l’approvisionnement en période de sécheresse.

Li Yonghong ne minimise pas la difficulté du projet, estimant qu’il s’agit de l’un des plus difficiles au monde, car chaque grand barrage a ses propres difficultés.

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