Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) publie, le 21 octobre 2026, un rapport annuel qui sonne comme un glas. Même si toutes les nations respectent leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les températures mondiales grimperont de 2,6°C au-dessus des niveaux préindustriels d’ici la fin du siècle. Impossible, désormais, de contenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°C fixée par l’accord de Paris en 2015.
Les projections actualisées du PNUE se révèlent plus sombres que celles de l’année précédente, qui tablaient sur un réchauffement compris entre 2,3°C et 2,5°C. Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation. Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sous l’administration Trump, d’abord. La révision à la hausse des estimations d’émissions historiques, ensuite. Si les politiques actuelles se poursuivent sans modification, le thermomètre pourrait même afficher 2,8°C supplémentaires d’ici 2100, soit le double du niveau actuel.
Les émissions mondiales stagnent à des niveaux records
Malgré quelques signaux encourageants, les émissions mondiales de gaz à effet de serre demeurent à des niveaux records en 2025. Parmi les six principaux émetteurs planétaires, les données préliminaires révèlent une hausse aux États-Unis, en Indonésie et en Chine, tandis que l’Inde, la Russie et l’Union européenne enregistrent une baisse. Selon TBS News, sur les 189 millions de tonnes supplémentaires de dioxyde de carbone émises en 2025 par 124 pays, environ 70 % proviennent des États-Unis.
L’augmentation américaine, chiffrée à 133 millions de tonnes d’équivalent CO2, dépasse largement celle de tout autre pays. Une hausse alimentée par la demande croissante en électricité et le rebond de la production d’énergie à partir de charbon. Bill Hare, directeur général de Climate Analytics et scientifique australien spécialisé dans le climat, affirme que les États-Unis font « tout leur possible pour bloquer les énergies renouvelables tout en promouvant et subventionnant activement le charbon sale ».
Anne Olhoff, auteure principale du rapport et directrice du Centre climatique de Copenhague du PNUE, estime que le changement de politique américaine ajoutera à lui seul 0,1°C au réchauffement climatique mondial d’ici la fin du siècle. Mohamed Adow, directeur de Power Shift Africa, organisation de mobilisation climatique en Afrique, souligne l’ampleur de la responsabilité : « Un dixième de degré supplémentaire peut sembler insignifiant, mais en termes climatiques, c’est énorme. Cela signifie davantage de canicules dangereuses, d’inondations destructrices, de récoltes perdues et de vies perdues. »
La limite de 1,5°C définitivement hors d’atteinte
La possibilité de maintenir le réchauffement climatique sous 1,5°C « a disparu », tranche le rapport du PNUE, après des « décennies d’action climatique insuffisante ». Les pays du G20, responsables de trois quarts des émissions mondiales, portent une responsabilité particulière dans cet échec. « Il s’agit d’un échec historique du leadership politique. Les données scientifiques sont claires depuis des décennies, mais les gouvernements ont préféré tergiverser plutôt que d’agir », déplore Mohamed Adow.
Toutefois, les scientifiques n’abdiquent pas totalement. Le rapport envisage un scénario dit de « dépassement minimal », dans lequel le réchauffement culminerait entre 1,7°C et 1,8°C vers le milieu du siècle, avant de redescendre sous 1,5°C d’ici 2100, avec environ 50 % de chances de succès. António Guterres insiste : « Le dépassement n’est pas une reddition. Nous pouvons encore le maintenir aussi faible et aussi court que possible, et ramener les températures sous 1,5 degré d’ici la fin du siècle. »
Pour emprunter la trajectoire de dépassement minimal, les efforts requis sont considérables. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient diminuer de 18 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2025, de 45 % d’ici 2035 et de 69 % d’ici 2040. Par comparaison, la mise en Å“uvre intégrale des Contributions déterminées au niveau national (CDN) actuelles ne permettrait qu’une réduction de 5 à 8 % d’ici 2030 et de 11 à 15 % d’ici 2035, toujours par rapport à 2025.
Des signaux encourageants à amplifier massivement
Malgré la gravité du tableau, le rapport identifie des avancées tangibles. Depuis l’adoption de l’accord de Paris, la capacité mondiale en énergies renouvelables a progressé trois fois plus rapidement qu’anticipé, le déploiement de l’énergie solaire photovoltaïque ayant été multiplié par sept. Selon Nature, les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont restées globalement stables entre 2024 et 2025, ce qui pourrait signaler un plateau, voire un pic, même si une seule année ne suffit pas à confirmer une tendance structurelle.
Plus de 220 évaluations de politiques climatiques fournissent des preuves concrètes d’efficacité. Les mesures évaluées dans le secteur électrique ont réduit les émissions de 9 % en moyenne, tandis que les instruments économiques, incluant les systèmes de plafonnement et d’échange de quotas d’émission ainsi que les taxes carbone, ont permis des réductions de 5 à 13 % dans divers secteurs sur les périodes considérées. Néanmoins, ces succès restent concentrés dans des secteurs, des pays et des périodes spécifiques.
António Guterres souligne que « nous disposons des outils nécessaires pour changer de cap et nous éloigner du précipice ». Inger Andersen ajoute : « Nous avons une multitude d’exemples de réussite montrant que les émissions peuvent être réduites rapidement. Il appartient désormais aux nations de mettre en place d’urgence des politiques qui déclenchent des réductions d’émissions rapides, profondes et durables. »


