Le Plan épargne retraite (PER) vient de franchir un seuil symbolique dans l’histoire de l’épargne française. Avec 150,4 milliards d’euros d’encours au 31 décembre 2025, ce produit né de la loi Pacte de 2019 confirme une ascension que peu d’observateurs auraient osé pronostiquer à son lancement. Cette performance s’accompagne d’une croissance de 20 % sur l’année écoulée, consolidant durablement la place du PER parmi les instruments privilégiés de la préparation à la retraite en France.
Selon les données publiées dimanche 17 mai par le ministère de l’Économie, 12,9 millions de titulaires ont désormais souscrit à ce dispositif. Une progression qui traduit, bien au-delà d’un simple engouement conjoncturel, une prise de conscience collective face aux défis démographiques et aux tensions croissantes pesant sur le financement des régimes obligatoires. Comme le relèvent Les Échos et Le Figaro, ce résultat dépasse les attentes les plus optimistes formulées à la création du produit.
Une collecte record portée par tous les segments du marché
L’engouement pour le PER se matérialise par une collecte nette de 20,2 milliards d’euros en 2025, soit une progression de 16 % par rapport à l’exercice précédent. Cette dynamique traverse l’ensemble des déclinaisons du produit, révélant un intérêt qui dépasse largement les seuls épargnants individuels.
Les PER individuels captent la part la plus significative des flux, avec 88,5 milliards d’euros d’encours et une progression de 21 % sur l’année. Accessibles à tous — salariés, indépendants ou sans activité professionnelle —, ils illustrent la démarche volontaire d’un nombre croissant de Français soucieux de compléter leurs futurs revenus de retraite. Du côté des dispositifs d’entreprise, les PER collectifs atteignent 33,86 milliards d’euros, en hausse de 22 %, tandis que les PER obligatoires totalisent 28,04 milliards d’euros, en progression de 13 %. Au total, tant les particuliers que les employeurs ont pleinement intégré le PER dans leurs stratégies respectives d’épargne et de rémunération différée, comme le souligne BFM TV.
Comprendre le fonctionnement et les avantages du Plan épargne retraite
Le PER repose sur un mécanisme d’épargne longue, conçu pour accompagner l’épargnant tout au long de sa vie active en adaptant progressivement le profil d’investissement à son horizon de retraite. Avant 40 ans, les versements sont orientés très majoritairement vers des unités de compte — des supports plus risqués, mais potentiellement plus rémunérateurs sur le long terme. Cette allocation dynamique se réoriente graduellement vers des actifs plus défensifs à mesure que l’échéance approche, limitant ainsi l’exposition aux aléas des marchés financiers au moment le plus critique.
Au moment de la liquidation du plan, le détenteur dispose de deux options : percevoir son capital sous forme de rente viagère mensuelle, garantissant un revenu régulier jusqu’au décès, ou opter pour un versement en capital, en une ou plusieurs fois. Cette souplesse de sortie constitue l’une des innovations majeures introduites par la loi Pacte par rapport aux anciens produits d’épargne retraite, tels que le PERP ou le contrat Madelin.
Des avantages fiscaux qui séduisent de plus en plus de Français
L’attractivité fiscale du PER demeure l’un des ressorts essentiels de son succès. Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d’un plafond calculé en fonction des revenus d’activité professionnelle — soit, en règle générale, 10 % des revenus nets de l’année précédente, avec un plancher et un plafond fixés annuellement. Ce mécanisme de déduction représente un levier d’optimisation particulièrement puissant pour les contribuables soumis aux tranches marginales d’imposition les plus élevées.
Cette déduction constitue toutefois un report d’imposition et non une exonération définitive : les sommes déduites à l’entrée seront fiscalisées lors de la sortie, selon le régime choisi. Pour les déclarations portant sur les revenus 2025, les versements doivent être reportés dans des cases spécifiques selon la nature du contrat — cases 6NS et 6NT pour les nouveaux PER, 6OS et 6OT pour les travailleurs indépendants, 6RS et 6RT pour les anciens PERP, et 6QS et 6QT pour les contrats Madelin. Par ailleurs, les propriétaires bailleurs ont tout intérêt à vérifier leurs obligations déclaratives : certaines démarches fiscales méconnues peuvent exposer à une amende de 150 euros.
Un impact économique considérable sur le financement des entreprises
Au-delà de sa fonction d’épargne individuelle, le PER joue désormais un rôle macroéconomique significatif dans le financement de l’économie productive française. Selon les données de Bercy, plus de 60 % des actifs détenus dans les plans sont directement investis au capital des entreprises, représentant une contribution décisive à leur développement et à leur compétitivité.
Cette orientation vers l’économie réelle se traduit notamment par plus de 5 milliards d’euros placés en actifs non cotés, soutenant l’innovation et la croissance des PME et ETI françaises. Cette caractéristique distingue nettement le PER d’autres produits d’épargne traditionnellement centrés sur des placements monétaires ou obligataires souverains. La gestion de ces encours demeure majoritairement confiée aux assureurs, qui proposent des gammes de supports diversifiées, des fonds euros à capital garanti aux unités de compte actions ou immobilières, permettant à chaque épargnant de construire une allocation patrimoniale en accord avec son profil de risque et son horizon d’investissement.








