Un coin isolé du globe, l’île Amsterdam, cachait une population de bovins étonnamment résiliente qui a fasciné les chercheurs. Abandonnés en 1871, ces animaux, issus de cinq bovins déposés par un fermier réunionnais nommé Heurtin, ont vécu et évolué sur ce territoire français, perdu dans l’océan Indien méridional.
Un environnement rude sur l’île Amsterdam
L’île couvre 54,49 km² et fait partie de la réserve naturelle nationale des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), inscrite en 2019 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle est battue par des vents d’intensité ouragan, a un climat océanique tempéré avec des pluies fréquentes et souffre d’un manque d’eau douce. La base scientifique Martin-de-Viviès, créée en 1949, constitue la seule présence humaine permanente sur l’île.
Un voyage dans le temps grâce à la génétique
En 1952, le troupeau avait explosé pour atteindre environ 2 000 animaux, raconte Futura Sciences. Une maladie a ensuite provoqué son effondrement dans les années 1980, suivi d’une série de prélèvements et d’abattages. Des échantillons d’ADN ont été collectés en 1992 et 2006, et ces prélèvements ont permis aux chercheurs de révéler des secrets plusieurs décennies plus tard. L’étude génétique, dirigée par le généticien Mathieu Gautier en collaboration avec l’INRAE et l’Université de Liège, a été publiée en 2026 dans la revue Molecular Biology and Evolution.
Des origines génétiques mêlées
L’analyse montre que ces bovins ne présentent pas de signal de nanisme insulaire, contrairement aux adaptations irréversibles observées chez d’autres espèces. Au contraire, ils semblent avoir été de petite taille dès le départ. Leur ascendance combine environ 75 % de gènes taurins européens, proches de ceux des bovins Jersey, et 25 % de gènes zébus de l’océan Indien, adaptés aux climats chauds, notamment de Madagascar et de Mayotte.
Démographie, consanguinité et débats
Partir d’un troupeau initial de seulement cinq animaux aurait normalement mené à une consanguinité très élevée, estimée à plus de 30 %, ce qui augmente le risque de maladies génétiques. Pourtant, une expansion rapide de la population a limité la perte de diversité génétique. Cette dynamique a alimenté des débats académiques : une étude de 2017 par Roberto Rozzi et Mark V. Lomolino défendait l’idée d’un nanisme insulaire rapide, conclusion que la récente analyse remet en question.








