Une découverte archéologique récente a attiré l’attention des historiens et des archéologues : une stèle en grès retrouvée parmi les ruines de Karnak, à Louxor. Ce bloc de pierre travaillé, mis au jour lors de travaux de conservation, offre une nouvelle lecture des relations entre l’Égypte ancienne et l’Empire romain. Plus qu’un simple vestige, la stèle montre une confluence d’influences culturelles et rituelles et rappelle l’importance continue du site de Karnak dans l’histoire égyptienne.
Karnak, un lieu qui en a vu passer
Karnak, vaste complexe de temples à Louxor, a déjà livré de nombreuses découvertes archéologiques. La stèle a été retrouvée parmi des ruines de maisons et de bâtiments en briques de boue datés des périodes romaine tardive et byzantine, dans une zone marquée par une structure souterraine complexe.
La mission principale, conduite par le Centre franco-égyptien pour l’étude des temples de Karnak, en partenariat avec le Centre national pour la recherche scientifique et le Conseil suprême des antiquités, visait à réhabiliter la porte de Ramsès III. Le relèvement et la restauration de chaque bloc de pierre ont montré que certains éléments avaient été réutilisés dès le règne de Amenhotep III, soit un écart d’environ 200 ans.
La stèle et ses symboles
La stèle en grès révèle un univers iconographique fascinant : l’empereur Tibère y est représenté en tenue pharaonique. Il porte la double couronne d’Égypte et tient la divinité conceptuelle Maât, placé parmi les divinités Amon-Rê, Mut et Khonsou. Ce groupe divin, la Triade thébaine, réaffirme la continuité de l’iconographie religieuse et politique sous la domination étrangère.
Selon Popular Mechanics, le message est très politique : à partir de la dynastie ptolémaïque, tout souverain devait endosser le rôle de pharaon pour légitimer son autorité. Tibère, comme d’autres empereurs tels qu’Auguste, Claude et Trajan, apparaît aussi dans d’autres lieux, notamment les temples de Dendera et de Philae, et sur des scènes illustrant cette fusion culturelle.
Au-delà de l’image, la stèle comporte un volet écrit qui surprend : cinq lignes d’inscriptions hiéroglyphiques sous la scène sculptée commémorent des rénovations passées effectuées sur le mur du Temple d’Amon, soulignant la richesse de la tradition architecturale de Karnak.
Un témoignage qui perdure
Au-delà de l’aspect artistique et iconographique, cette découverte renvoie à des pratiques observées dès la dynastie ptolémaïque et qui ont perduré pendant les périodes grecque et romaine. Les images d’empereurs figuraient non seulement sur les pièces de monnaie, mais aussi gravées sur les murs de sites religieux : par exemple, le Temple d’Isis à Shanhur pour Claude, ou encore des reliefs au temple de Khnum à Esna montrant Trajan vainquant ses adversaires.
Ces exemples illustrent une logique politico-religieuse où la représentation divine des souverains étrangers rassurait les populations locales de l’Égypte conquise. La découverte de la stèle enrichit notre compréhension de l’histoire égyptienne et témoigne de l’habileté des archéologues à reconstituer un passé oublié.








