Si la RSE semble être une discipline récente pour de nombreuses industries, elle est le fondement même du secteur du soin. Avant d’être un indicateur de performance, l’aide aux plus fragiles a été une mission morale, puis sociale, pour se muer aujourd’hui d’un puissant vecteur d’intégration de notre société.
Du devoir moral à l’institution
Historiquement, la mission du soin a d’abord été portée par les structures religieuses et les charités. Dès le Moyen Âge, les « Hôtels-Dieu », institutions hospitalières fondées par l’Église pour accueillir et soigner gratuitement les « pauvres du Christ », conciliaient ainsi charité chrétienne, hospitalité et premiers soins médicaux. La responsabilité était alors une vertu spirituelle.
Avec la Révolution française, cette charité glisse vers la « bienfaisance publique », posant les jalons d’un droit à la santé pour tous. Mais le véritable tournant sociétal survient en 1945 avec la création de la Sécurité sociale. Le soin devient alors un contrat social universel. Pour Luc Pastorel, fondateur de SOS Oxygène, prestataire de santé à domicile (PSAD), ce rappel historique est essentiel : « Le secteur de la santé est par essence un secteur RSE car il est né de la solidarité envers les plus fragiles ».
La santé, terrain d’intégration
Pourtant, ce modèle de solidarité fait face à une crise de vocation qui laisse chaque année des dizaines de milliers de postes non pourvus. Le recours au personnel international est alors devenu structurel. Selon un rapport de l’OCDE de novembre 2025, la France emploie 90 000 professionnels de santé nés à l’étranger, soit 18 % des médecins et 6 % des infirmiers. Pour les structures de santé, réussir l’accueil et la pérennisation de ces parcours internationaux est désormais le premier gage de leur continuité de service.
Mais cette stabilité ne peut reposer uniquement sur le recrutement : elle dépend surtout de la capacité du secteur à rendre ces métiers « tenables » sur la durée. En effet, l’engagement « corps et âme » des soignants — qu’ils soient natifs ou immigrés — comporte un risque majeur : celui de l’épuisement. Comme le souligne Anaïs Roux (directrice scientifique de teale) dans une tribune, le sens du métier ne protège pas du burn-out ; il peut même l’accélérer. Dans le care, les salariés ont tendance à compenser le manque de moyens par un sur-engagement personnel, oubliant parfois leur propre santé mentale.
Une politique RSE moderne doit donc impérativement inclure un « care organisationnel ». Il ne s’agit plus seulement de recruter, mais de surveiller — au sens positif du terme — la santé des employés… de la santé. Comme le rappelle le baromètre teale 2026, 35 % des salariés songent à démissionner pour préserver leur santé mentale. « Protéger ceux qui protègent n’est pas un supplément d’âme, c’est une politique de civilisation », résume Anaïs Roux.
Pour structurer cette responsabilité, des labels ont vu le jour afin d’encadrer cet accompagnement RSE dans le secteur de la santé. Les plus connus sont évidemment B-Corp, qui certifie l’impact sociétal global, ou les cadres de l’AFNOR. Plus largement, la norme ISO 26000 s’est imposée comme la référence internationale pour intégrer la responsabilité sociétale au cœur de la stratégie des organisations, définissant des lignes directrices sur les conditions de travail et la loyauté des pratiques. D’autres sont moins généraux, à l’image du label Empl’itude, obtenu par SOS Oxygène, le groupe de Luc Pastorel. Ce type de démarche vise à mesurer l’impact direct des agences sur leur territoire : capacité à recruter des profils éloignés de l’emploi, partenariats avec les acteurs locaux de l’insertion et pérennisation des contrats.
L’enjeu pour le secteur médico-technique n’est donc plus de prouver sa vocation, mais de démontrer sa capacité de résilience. Entre l’impératif d’intégration de nouveaux profils internationaux et l’urgence de préserver la santé mentale des équipes en place, la RSE devient le cadre indispensable d’une gestion des ressources humaines sous tension.
Pour les structures de santé, la performance se mesure désormais à ce double curseur : la qualité de la prise en charge des patients, indissociable de la soutenabilité du travail pour ceux qui la délivrent. Dans cette perspective, la labellisation n’est pas une fin en soi, mais un outil de pilotage pour transformer l’engagement individuel en une pérennité organisationnelle.








