Le 28 octobre 2025, à New York, António Guterres a pris la parole pour dresser un constat glaçant : les engagements climatiques des États sont « désespérément insuffisants ». Selon l’ONU, les politiques actuelles ne permettraient qu’une réduction d’environ 10 % des émissions mondiales d’ici 2035, alors qu’il faudrait 60 % pour espérer contenir le réchauffement à 1,5 °C. Le chef de l’ONU a interpellé directement les dirigeants politiques, les institutions financières et les entreprises, leur demandant de « changer radicalement de cap ».
Guterres : « Nous avons raté 1,5 °C, mais nous pouvons encore limiter les dégâts »
« L’humanité a manqué l’objectif de 1,5 °C », a déclaré António Guterres dans un discours relayé par https://www.theguardian.com/environment/2025/oct/28/change-course-now-humanity-has-missed-15c-climate-target-says-un-headLe ton du secrétaire général tranche avec les précautions diplomatiques habituelles : il parle désormais de « dépassement inévitable », insistant sur la responsabilité collective des États et des entreprises. Selon lui, le climat entre dans une phase de dérèglement profond dont la durée dépendra exclusivement de la rapidité des réactions institutionnelles.
D’après le rapport onusien publié le même jour, les plans climatiques nationaux (NDC) déposés à l’ONU entraîneraient une baisse des émissions de seulement 10 % d’ici 2035. Guterres rappelle que pour respecter la limite de 1,5 °C, « il faudrait une réduction de 60 % ». Il ajoute : « Nous ne pouvons plus prétendre que la lenteur est prudente. L’inaction est une folie. »
Pour Guterres, « chaque dixième de degré évité compte ». La priorité absolue, martèle-t-il, est d’empêcher que le dépassement de 1,5 °C ne devienne durable. Cela suppose de revoir dès 2025 les stratégies de neutralité carbone et les plans d’investissement publics et privés.
Le message aux décideurs : changer d’échelle et de rythme
António Guterres a voulu frapper fort à l’attention des décideurs économiques et institutionnels : « La direction générale s’améliore chaque année, mais il faut d’urgence accélérer le rythme », a-t-il déclaré, selon le secrétariat de la Convention climat. L’enjeu n’est plus de débattre des objectifs, mais d’en faire une priorité budgétaire, fiscale et stratégique.
L’ONU met en avant trois axes d’action immédiats. D’abord, rehausser les engagements nationaux pour viser une baisse réelle des émissions de 60 % d’ici 2035. Cela suppose des mesures de transition dans l’énergie, l’industrie et les transports, assorties d’un suivi public. Ensuite, cesser tout investissement dans de nouveaux projets fossiles. Guterres appelle à « rediriger les flux financiers vers les énergies propres », affirmant qu’« investir dans le charbon, le pétrole ou le gaz, c’est parier contre la survie ».
Enfin, il demande que la fiscalité climatique devienne un levier central : une taxe mondiale sur les profits exceptionnels des compagnies pétrolières et gazières permettrait, selon lui, de financer l’adaptation des pays vulnérables et de soutenir les territoires les plus touchés par la pollution et le réchauffement.
COP30 : Guterres veut un sursaut collectif et une gouvernance plus inclusive
António Guterres a également profité de cette alerte pour fixer les attentes avant la COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil, mi-novembre 2025. Il veut que cette conférence marque un tournant de gouvernance mondiale : « Les dirigeants doivent venir à Belém non pas avec des slogans, mais avec des chiffres », a-t-il lancé repris par The Guardian.
Le secrétaire général prône une approche « intégrée et équitable » du climat. Il appelle à inclure dans les négociations les acteurs financiers, les collectivités locales, les organisations de la société civile et les communautés autochtones, souvent premières victimes du dérèglement.
Ce virage vers la transparence s’inscrit dans un moment critique : d’après la WMO, la probabilité que la température moyenne mondiale dépasse +1,5 °C d’ici 2029 atteint 70 %. Si cette tendance se confirme, la gouvernance climatique devra intégrer des politiques d’adaptation massives : résilience urbaine, protection des ressources, innovation bas-carbone et financement des pertes et dommages.








