Finance responsable : les banques restent prisonnières des énergies fossiles

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Banques Financement Durable
Finance responsable : les banques restent prisonnières des énergies fossiles © RSE Magazine

Entre 2021 et 2024, les 65 plus grandes banques du monde ont consacré 3.285 milliards de dollars aux énergies fossiles, contre seulement 1.368 milliard de dollars aux énergies « durables » (solaire, éolien etc.), nous apprennent les ONG Reclaim Finance, WWF, Urgewald et Rainforest Action Network dans un rapport intitulé « Banking on Business as Usual ».

Le déséquilibre des financements, un choix structurel

Depuis 2021, en moyenne mondiale, pour chaque dollar investi dans les énergies fossiles, seuls 42 centimes vont aux projets de transition énergétique. Dans les banques américaines et canadiennes, cette proportion est encore plus marquée, avec un ratio de 0,25:1 et 0,22:1 respectivement — soit quatre fois plus d’investissement dans les fossiles que dans les alternatives durables. Même en Europe, réputée plus « progressiste », le ratio moyen atteint seulement 0,70:1, nettement en deçà des objectifs climatiques, apprend-on du rapport « Banking on Business as Usual » publié conjointement par les ONG Reclaim Finance, WWF, Urgewald et Rainforest Action Network. Cette distribution révèle une stratégie implicite : la priorité aux énergies fossiles constitue encore un pilier financier de la croissance, même si elle s’insère mal dans une doctrine de business responsable. En clair, les financements ne suivent pas la transition prétendue.

RSE et responsabilité : les banques mises à l’épreuve

Pour les institutions financières, afficher une stratégie RSE crédible implique de redéfinir prioritairement leur allocation de capital. Le simple verdissement de communication ne suffit plus tant que le ratio de soutien à la transition reste marginal. Le rapport souligne que seules quatre banques sur les 65 ont publié leur ratio énergétique — avec parfois des méthodes opaques. BNP Paribas, par exemple, exclut de son calcul le financement de certains gaz ou centrales à gaz, rendant la comparaison difficile.

Par ailleurs, le groupe BPCE apparaît comme un cas symptomatique : c’est la seule banque française dont les financements aux énergies fossiles augmentent en moyenne sur la période 2021–2024. Ce comportement fragilise particulièrement sa légitimité en matière de responsabilité environnementale.

Risques réputationnels, juridiques et climatiques

À l’heure où les investisseurs, clients et régulateurs exigent une plus grande transparence ESG, les banques risquent de voir leur modèle remis en cause. Investir massivement dans les fossiles peut entraîner :

  • un risque de transition : les actifs fossiles peuvent devenir non rentables si les politiques climatiques se durcissent (taxe carbone, limites légales) ;
  • un risque réputationnel : les scandales liés au financement de projets polluants génèrent des critiques, voire des actions judiciaires (comme celles visant BNP Paribas pour ses soutiens aux hydrocarbures).
  • un risque d’alignement réglementaire : les nouvelles normes européennes (CSRD, réglementation des financements durables) pourraient contraindre les banques à réviser leurs portefeuilles.

Pour que la RSE ne soit pas un simple habillage, les banques doivent passer d’une posture défensive à une démarche proactive : se fixer des cibles sectorielles contraignantes (hors du verdissement superficiel) et intégrer des seuils stricts de sortie des financements fossiles.

Réaffecter les financements vers la transition

Pour réaligner la finance sur les impératifs climatiques, les banques doivent inverser structurellement leurs flux. Les auteurs du rapport estiment que d’ici 2030, le ratio de financement requis serait de 6 dollars pour les alternatives contre 1 pour les énergies fossiles. Cet écart colossal souligne l’ampleur du défi : il ne suffit pas de ralentir le financement fossile, il faut massivement stimuler la transition énergétique.

La RSE doit intégrer des budgets dédiés, des quartiers prioritaires pour les énergies renouvelables et des partenariats avec des acteurs de l’innovation verte. Chaque euro investi dans un actif fossile doit être compensé par un multiple dans des projets durables. Cela passe notamment par la priorisation des investissements dans l’éolien, le solaire, le stockage d’énergie et les réseaux intelligents.

Une RSE authentique impose une gouvernance claire, où le comité climat au plus haut niveau décisionnel valide les politiques de désinvestissement des fossiles. Les banques doivent publier des ratios comparables, normalisés, avec des calculs transparents incluant les financements hors bilan, le gaz et les infrastructures fossiles. Or, certaines grandes banques françaises excluent ces composantes, ce qui biaise leur communication.

En outre, il est impératif d’établir des seuils de désinvestissement progressifs, assortis de mesures de sanction interne en cas de non-respect. La RSE ne doit pas rester facultative mais constituer un paramètre de pilotage financier.
Enfin, la traçabilité des flux est essentielle : les banques se doivent de montrer comment chaque crédit, obligation ou garantie contribue à la transition ou, inversement, soutient encore les fossiles — afin d’éviter l’écueil du greenwashing.

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