Alors que les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, la question de la durabilité alimentaire devient un enjeu important. Le secteur alimentaire représente 24 % des émissions totales – et une bonne partie vient de la consommation de viande et de produits laitiers. Du côté des grandes surfaces, qui réalisent 78 % des ventes alimentaires à domicile, la pression monte pour qu’elles se mettent au vert. Une étude récente du Réseau Action Climat (RAC), intitulée « Agroalimentaire : une étude dénonce l’inaction coupable du gouvernement sur la transition alimentaire des supermarchés », pointe du doigt leur rôle majeur dans le virage vers une alimentation plus saine et respectueuse de l’environnement.
Évaluation des enseignes françaises
L’étude du RAC, publiée le 13 mai, a passé en revue huit grandes enseignes françaises : Aldi, Auchan, Carrefour, Coopérative U, Intermarché, Leclerc, Lidl et Monoprix. Ces enseignes accumulent 90,6 % du marché en France. L’évaluation repose sur trois critères : la transparence, les engagements et les plans d’action mis en place pour promouvoir une alimentation respectueuse de l’environnement.
Carrefour décroche la meilleure note avec 12,5/20, suivi de Monoprix avec 12/20 et de la Coopérative U avec 10/20. Auchan marque 9,5/20, Lidl 9/20 et Intermarché 8/20. E. Leclerc, lui, affiche une forte baisse avec seulement 4,5/20, tandis qu’Aldi termine en queue de peloton avec 2/20.
Engagements et objectifs de réduction
Les engagements varient pas mal d’une enseigne à l’autre. Par exemple, Aldi n’a pris aucun engagement concernant les émissions dites « scope 3 ». En revanche, Carrefour a demandé à ses 100 plus gros fournisseurs d’adopter, d’ici 2026, une trajectoire de décarbonation compatible avec un scénario limitant le réchauffement à 1,5 °C. E. Leclerc a annoncé vouloir réduire ses émissions de 50 % d’ici 2035 sans préciser dans quels secteurs. Quant à Intermarché, il affiche son intention de réduire ses émissions, mais sans encore fixer de chiffres précis.
Sur le plan des objectifs, Carrefour vise une baisse de 32 % d’ici 2030. Magasins U et Auchan se fixent chacun une réduction de 25 %, tandis que Lidl se démarque avec l’ambition de réduire ses émissions agricoles de 42,4 % d’ici 2034.
La pub et l’offre en magasin
Monoprix se distingue en intégrant ses objectifs environnementaux dans ses catalogues promotionnels. Mais même si certaines enseignes font des efforts, la majorité des promos dans les grandes surfaces continuent de mettre en avant la viande et la charcuterie, au détriment des protéines végétales.
Que ce soit dans les rayons ou dans les catalogues, les produits les plus gourmands en émissions, comme la viande transformée, pullulent alors que les options végétariennes ne représentent qu’en dessous de 10 % de l’offre totale. Benoît Granier du RAC rappelle d’ailleurs que « tous les distributeurs proposent plus de cordons bleus ou de nuggets que des falafels ou des steaks de pois chiches ».
Nos conseils pour un avenir plus responsable
Pour répondre aux défis actuels, le RAC propose plusieurs pistes : définir un cadre clair pour la transition alimentaire au niveau de l’État, encourager une alimentation davantage végétale en limitant la consommation excessive de viande, et développer un étiquetage environnemental pour aider les consommateurs à s’y retrouver.
Il faut également améliorer l’accès financier des ménages à une alimentation saine et respectueuse de l’environnement, tout en imaginant cette politique alimentaire avec l’ensemble des acteurs concernés. Intégrer ces recommandations dans la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) pourrait bien accélérer cette évolution indispensable.








