L’Hypocrisie organisationnelle
Ainsi, dans bien des cas, l’analyse de la performance de l’entreprise repose sur une scénarisation qui évite de rendre compte avec précisions des actions menées. La recherche de légitimité et d’une image valorisante (et sécurisante) conduit en effet à présenter la stratégie décrite comme la résultante d’un processus rationnel, pensé et organisé. Les entreprises se trouvent donc en permanence en situation d’hypocrisie, où tout est soigneusement mis en scène pour exprimer des intentions qui s’accordent mal avec la réalité des actions engagées.
« Organisation politique » versus « organisation d’action »
Les organisations vont pour cela tenir un discours, une image sociale valorisante (posture morale, préoccupations sociétales, comportement éthique) qui peuvent s’avérer en contradiction avec la pratique réelle de l’entreprise. L’organisation politique (discours et politique relationnelle) et l’organisation d’action (décisions et opérations) doivent donc se voir comme des systèmes indépendants qui existent et interagissent, sans se nuire, en vue de positionner l’entreprise de façon efficace et légitime.
Le management de l’hypocrisie permet ainsi à l’entreprise de satisfaire ses finalités organisationnelles et environnementales, en découplant l’organisation politique et l’organisation d’action. L’organisation politique veillera à assurer la légitimité de l’entreprise, tandis que l’organisation d’action sera au service de sa compétitivité.
Les dangers de l’hypocrisie
Septembre 2015, l’opinion découvre avec stupeur que Volkswagen, leader du secteur de l’automobile, entreprise prospère à la réputation au-dessus de tout soupçon (« Das Auto »), a procédé à une triche généralisée, en introduisant un logiciel « truqueur » sur ses modèles diesel destiné à contourner les règles mises en place par les organismes d’homologation.
En matière de contradictions, on peut également citer le cas de décisions d’investissements RSE fortement médiatisées et par la suite démenties par des situations avérées de gaspillage ou de fraudes au sein d’entreprises pourtant engagées dans des actions sociales ou humanitaires (cf. scandale Enron).
Conclusion
De ce fait, si les travaux de N. Brunsson présentent des limites en créant une séparation parfois fictive entre la sphère politique et organisationnelle, son modèle a le mérite de montrer les contradictions des organisations et la manière dont elles entendent les gérer, avec plus ou moins de réussite.
Pour aller plus loin
Brunsson, N., The organization of hypocrisy: talk, decisions and actions in organizations, Copenhagen Business School Press, 2002.
Meier O. et al., Travailler avec les nouvelles générations, Focus RH, Studyrama, 2012.
Meier O., Gestion du changement, en coll., Dunod, 2007. Meier O., « L’articulation Droit -Gestion – Sociologie », Séminaire FMSH, 2015.
Meier O., Barabel M., Manageor, Editions Dunod, 3ème éd., 2015.








