855 organisations humanitaires aidant les femmes au bord de l’effondrement

L’ONU alerte sur l’effondrement imminent des organisations pour femmes dans les zones de crise : 84% constatent une hausse de la demande tandis que 90% ne peuvent plus répondre aux besoins. Un million de femmes et filles ont déjà perdu l’accès aux services essentiels depuis janvier 2025.

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855 organisations humanitaires aidant les femmes au bord de l’effondrement © RSE Magazine

L’ONU Women publie un diagnostic sans détour : 855 organisations pour femmes opérant dans 52 pays font face à une demande croissante (84% signalent une augmentation) alors que leurs budgets s’effondrent. Résultat : 90% déclarent ne plus pouvoir répondre aux besoins, et deux organisations sur cinq risquent une fermeture dans les 12 mois. Ce rapport, intitulé « Beyond the Breaking Point », documente l’impact des coupes dans l’aide au développement depuis janvier 2025, avec un million de femmes et filles privées d’accès aux services essentiels.

Les organisations pour femmes : le muscle vital des réponses humanitaires

Les structures dirigées par des femmes constituent la première ligne de défense dans les crises les plus graves. Afghanistan, République démocratique du Congo, Soudan, Yémen, Haïti : autant de contextes où les acteurs internationaux ne peuvent intervenir, mais où ces organisations maintiennent une présence continue. Leur modèle opérationnel repose sur une connaissance approfondie des communautés, une implantation locale durable et une capacité d’adaptation aux contextes les plus hostiles.

855 organisations dans 52 pays témoignent : augmentation massive de la demande (84%) face à réduction des capacités

L’enquête menée par l’ONU révèle un paradoxe brutal. Alors que 84% des organisations constatent une hausse des sollicitations depuis janvier 2025, leurs moyens d’action se contractent drastiquement. Les services demandés incluent les abris d’urgence, les soins de santé reproductive, la protection contre les violences sexuelles, l’accès à l’éducation et l’aide alimentaire. La violence sexuelle liée aux conflits a doublé en 2025, portant les besoins à des niveaux jamais atteints. Pourtant, 62% des organisations signalent que les espaces sûrs et les dispositifs contre les violences basées sur le genre ont été significativement réduits ou supprimés.

Où les acteurs internationaux ne peuvent pas accéder : le rôle unique des organisations locales dirigées par des femmes

Sofia Calltorp, Chef de l’action humanitaire à UN Women, précise : « Les organisations pour femmes à risque de fermeture sont en première ligne des crises humanitaires les plus graves du monde. Dans des pays comme l’Afghanistan, la République démocratique du Congo et Haïti, elles opèrent où les acteurs internationaux ne peuvent pas et restent longtemps après que l’attention mondiale se soit détournée. » Ces structures locales assurent une continuité de service dans des zones abandonnées par les grandes agences. Leur ancrage territorial leur permet d’intervenir malgré l’insécurité, les restrictions d’accès et l’instabilité politique. Leur disparition créerait un vide opérationnel impossible à combler par les mécanismes internationaux traditionnels.

Les modèles opérationnels sous tension : comment les organisations s’adaptent (ou s’effondrent)

Les réductions budgétaires imposent des ajustements organisationnels qui menacent la viabilité même de ces structures. Les mécanismes de résilience atteignent leurs limites, révélant les fragilités structurelles d’un écosystème humanitaire sous-financé.

Trois quarts ont réduit le personnel ; 65% ont recours au travail non rémunéré

Trois organisations sur quatre ont procédé à des licenciements ou à des réductions d’effectifs. Plus alarmant encore, 65% des structures dirigées par des femmes fonctionnent désormais grâce au travail non rémunéré de leurs équipes. Ce modèle, insoutenable à moyen terme, repose sur l’engagement moral des professionnelles qui acceptent de travailler sans salaire pour maintenir les services vitaux. L’engagement social des acteurs de terrain ne peut compenser indéfiniment l’absence de financement structurel. Les compétences s’érodent, les expertises se perdent, et le turnover s’accélère dans un secteur déjà fragilisé.

90% ne peuvent plus répondre aux niveaux de besoin : les limites de la résilience

La quasi-totalité des organisations interrogées (90%) admettent leur incapacité à honorer les demandes actuelles. Les files d’attente s’allongent pour accéder aux consultations médicales, aux abris temporaires ou aux programmes de soutien psychologique. Les refus d’admission se multiplient faute de places disponibles. Les programmes de prévention sont abandonnés au profit de la seule gestion de l’urgence. Le rapport de l’ONU documente un effondrement progressif des capacités opérationnelles, avec 120 millions de femmes et filles nécessitant une assistance humanitaire dans le monde.

Scénario de fermeture : deux organisations sur cinq risquent de disparaître en 12 mois

40% des organisations humanitaires pour femmes anticipent une fermeture, temporaire ou définitive, dans l’année à venir. Ce taux représente une menace systémique pour l’ensemble de l’écosystème humanitaire. Les fermetures entraînent des effets en cascade : perte de mémoire institutionnelle, rupture des relations de confiance avec les communautés, dispersion des réseaux de protection.

Implications pour l’écosystème humanitaire et la continuité des services

La disparition de ces acteurs locaux compromet la résilience des systèmes d’aide. Les grandes organisations internationales ne peuvent compenser cette perte, car elles manquent de l’ancrage territorial et de la légitimité communautaire nécessaires. Les délais d’intervention s’allongent, les coûts opérationnels augmentent, et l’efficacité globale diminue. Sofia Calltorp avertit : « Sans action immédiate, les organisations qui ont maintenu les femmes et les filles en vie à travers les pires crises du monde risquent de devenir une autre victime de la guerre. » Le risque porte sur la capacité même de la communauté internationale à répondre aux crises humanitaires futures.

Appels de l’ONU aux bailleurs et donateurs : repenser l’engagement RSE en crise

L’ONU Women exhorte les gouvernements et les bailleurs à inverser la tendance. Les réductions budgétaires de 2025 représentent le déclin annuel le plus important de l’aide officielle au développement jamais enregistré. Les contraintes budgétaires nationales se traduisent par des choix d’allocation qui pénalisent les structures les plus vulnérables. L’appel porte sur trois axes : augmenter les volumes de financement, garantir des engagements pluriannuels pour assurer la stabilité opérationnelle, et prioriser le financement direct des organisations locales plutôt que les circuits internationaux. La responsabilité sociétale des États donateurs et des grandes institutions financières est engagée. Chaque dollar retiré aux organisations pour femmes, rappelle l’ONU, est un dollar retiré aux survivantes de violences sexuelles, aux mères déplacées, aux filles forcées de quitter l’école. La viabilité de l’action humanitaire globale dépend de la capacité collective à reconnaître et financer les acteurs de première ligne.

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