Des scientifiques ont détecté des traces d’une maladie ancienne, le virus de la variole ovine (sheeppox virus), dans les pages des York Gospels, un livre d’évangile vieux de 1 000 ans. La découverte a été annoncée début septembre 2026 par l’University College Dublin (UCD), dans une étude publiée dans la revue Science Advances et rapportée par Fox13.
Les chercheurs ont retracé des milliers d’années d’évolution du virus en exploitant de l’ADN ancien préservé dans des manuscrits et des restes animaux. Le matériel génétique viral a été retrouvé directement dans les peaux ayant servi à fabriquer le parchemin.
Plus surprenant encore, des traces du virus sont également apparues sur des pages en peau de veau et de peau de chèvre, un signe possible d’infections croisées entre espèces, ou d’une contamination survenue lors de la fabrication du parchemin lui-même.
La variole ovine est une maladie très contagieuse chez les moutons, inconnue en revanche pour infecter les humains. Elle se propage rapidement dans les troupeaux, peut toucher une large partie des bêtes en peu de temps, et se révèle souvent mortelle, en particulier chez les jeunes animaux. Elle fait aussi chuter la production de laine, de viande et de lait.
Un pathogène vieux de 3 700 ans
En comparant les manuscrits à de l’ADN prélevé sur des dents de moutons de l’âge du bronze, l’équipe a établi que la maladie touche le bétail depuis plus de 3 700 ans. Les dents, contrairement à d’autres restes squelettiques, peuvent conserver des preuves génétiques d’infection pendant des millénaires, offrant un enregistrement précieux des épidémies passées.
Autre constat : à l’inverse du virus de la variole humaine, celui de la variole ovine est resté remarquablement stable. Louis L’Hôte, doctorant à l’UCD et auteur principal de l’étude, explique qu’à la différence du virus de la variole humaine, le génome du virus de la variole ovine est resté très stable au cours des derniers millénaires.
Selon lui, les changements génétiques survenus avant cette période ont pu jouer un rôle déterminant dans la manière dont le virus a évolué pour infecter son hôte, ce qui pourrait aider à mieux combattre le pathogène à l’avenir.
Une épidémie en cours en Grèce
La découverte résonne avec l’actualité. Une épidémie de variole ovine sévit actuellement en Grèce, causant d’importants dommages économiques, selon L’Hôte. « Partout dans le monde, les gens continuent de lutter contre cet agent pathogène. », a-t-il souligné.
Pour le chercheur, cette capacité du parchemin à conserver l’ADN de pathogènes animaux pendant des siècles ouvre une piste plus large. Il estime que des archives et des bibliothèques à travers le monde pourraient receler d’autres traces génétiques d’épidémies animales oubliées. Dans sa propre déclaration, il formule l’hypothèse ainsi : « Il est possible que les archives et les bibliothèques du monde entier contiennent également des traces génétiques d’épidémies animales survenues par le passé. »
Ces génomes anciens, reconstitués à partir de multiples manuscrits et restes animaux couvrant plusieurs millénaires, permettent selon lui de comprendre comment ces pathogènes ont évolué et comment ils ont pesé sur les sociétés passées. D’autres découvertes récentes vont dans le même sens : des traces d’ADN de variole humaine ont été identifiées dans des momies chiliennes datant de plusieurs siècles, et des chercheurs de Yale ont établi qu’un dirigeant italien du XVIe siècle était mort du paludisme, résolvant un mystère vieux de plusieurs siècles.
Reste que la variole ovine continue, elle, de frapper au présent. En Grèce, l’épidémie en cours a poussé les éleveurs à abattre des centaines de milliers d’animaux pour tenter de l’endiguer.

