Une étude scientifique menée sur plus de 3 400 enfants londoniens démontre que la mise en place de l’Ultra Low Emission Zone a permis de restaurer la croissance pulmonaire des jeunes citadins, altérée par des années d’exposition à la pollution atmosphérique. En quatre ans, les enfants du centre de Londres ont rattrapé leurs pairs de Luton, ville témoin sans zone de protection de l’air.
La zone à faibles émissions inverse les dommages respiratoires chez les enfants
Depuis des décennies, la pollution atmosphérique pèse sur la santé des citadins, particulièrement celle des plus jeunes. À Londres, une étude publiée dans The Lancet Public Health démontre qu’il est possible de réparer les lésions pulmonaires des enfants en réduisant drastiquement les émissions du trafic automobile. Menée par la Queen Mary University of London, cette recherche établit, pour la première fois, un lien direct entre l’instauration d’une zone à faibles émissions et l’amélioration mesurable de la fonction respiratoire chez les jeunes citadins.
Plus de 3 400 enfants ont été suivis pendant cinq ans. Les résultats apportent une réponse scientifique robuste : oui, les politiques publiques de restriction des véhicules polluants améliorent véritablement la santé des populations urbaines. L’étude londonienne, relatée notamment par Euronews et la BBC, confirme que la capacité pulmonaire des enfants peut se régénérer en quelques années seulement.
Une zone de restriction étendue par étapes, malgré les résistances
En avril 2019, le maire de Londres Sadiq Khan a instauré l’Ultra Low Emission Zone (ULEZ) dans le centre de la capitale. Le dispositif impose une taxe journalière de 12,50 livres sterling aux conducteurs de véhicules ne respectant pas certaines normes d’émissions. Les voitures essence immatriculées avant 2006 et les diesel d’avant septembre 2015 sont concernées.
L’ULEZ s’est étendue par étapes successives : d’abord limitée au centre historique, elle a couvert les arrondissements intérieurs en octobre 2021, puis l’intégralité du Grand Londres en août 2023. Cette dernière extension a suscité de vives controverses. Plusieurs conseils municipaux ont contesté la mesure en justice, tandis que des caméras de surveillance ont été vandalisées ou dérobées, selon la Metropolitan Police. Malgré ces résistances, la Haute Cour britannique a validé le maintien du dispositif.
Un suivi de cinq ans sur 3 400 enfants
Pour mesurer les effets sanitaires réels de la politique environnementale, les chercheurs de la Queen Mary University of London ont conçu ce qu’ils qualifient d’« expérience naturelle ». Ils ont recruté 1 664 enfants âgés de six à neuf ans dans des écoles primaires du centre de Londres, et 1 750 autres à Luton, ville située à une cinquantaine de kilomètres au nord de la capitale.
Le choix de Luton comme groupe témoin n’est pas anodin. L’agglomération présente un profil socio-économique comparable à celui des quartiers londoniens étudiés, avec une composition ethnique similaire et des niveaux d’activité physique équivalents chez les enfants. Surtout, Luton connaît une pollution liée au trafic automobile, mais n’a mis en place aucune zone de protection de l’air comparable à l’ULEZ.
Chaque année entre 2018 et 2022, les scientifiques ont procédé à des tests de fonction pulmonaire lors de visites dans les établissements scolaires. Le protocole consistait à mesurer la quantité d’air qu’un enfant pouvait expulser de force en une seconde après une inspiration profonde, un indicateur standard appelé VEMS (volume expiratoire maximal par seconde), permettant d’évaluer la capacité respiratoire et de détecter d’éventuels troubles fonctionnels.
Un rattrapage complet en quatre ans
Les premières mesures, effectuées avant l’instauration de l’ULEZ, ont révélé une situation préoccupante. Les poumons des enfants londoniens présentaient une croissance significativement plus lente que ceux de leurs homologues de Luton, reflétant l’exposition chronique à des niveaux élevés de pollution atmosphérique dans la capitale.
Puis, au fil des années de suivi, un phénomène remarquable s’est produit. À mesure que la qualité de l’air s’améliorait, la fonction pulmonaire des enfants londoniens a commencé à progresser plus rapidement. Leur capacité respiratoire a augmenté en moyenne de 233 millilitres par an, contre 223 millilitres à Luton. Si l’écart peut sembler modeste, il s’est avéré décisif sur la durée.
Au bout de quatre années, l’écart initial entre les deux groupes avait complètement disparu. Les enfants londoniens avaient rattrapé leurs pairs de Luton, atteignant des niveaux de fonction pulmonaire comparables. « J’ai été absolument stupéfait lorsque j’ai vu les résultats pour la première fois », confie le professeur Chris Griffiths, auteur principal de l’étude et spécialiste de médecine générale à l’Université d’Oxford et Queen Mary University of London. « La rapidité du rattrapage en termes de capacité pulmonaire dans le groupe londonien était surprenante et impressionnante. »
Une baisse deux fois plus rapide de l’exposition au dioxyde d’azote
Les concentrations de dioxyde d’azote, polluant étroitement associé aux gaz d’échappement des véhicules, ont reculé dans les deux villes étudiées. Toutefois, la diminution s’est révélée plus de deux fois supérieure à Londres. Dans les zones périphériques nouvellement couvertes, le niveau de dioxyde d’azote (NO₂) a diminué de 27 % et les particules fines PM2,5 issues des gaz d’échappement de 31 %, comparativement à un scénario sans ULEZ. Dans le centre de Londres, la baisse du NO₂ atteint même 54 %.
Concrètement, l’exposition des enfants londoniens au NO₂ a diminué d’environ 3,8 microgrammes par mètre cube et par an, contre seulement 1,8 à Luton. La proportion d’enfants présentant une fonction pulmonaire cliniquement altérée, susceptible d’engendrer toux, essoufflements ou autres symptômes respiratoires, a chuté de manière spectaculaire à Londres : de 14 % au début de l’étude à 9 % à son terme. À Luton, où des mesures plus modestes de lutte contre la pollution ont également été mises en place, elle est passée de 9 % à 7 %.



