Dans le vaste et glacial désert de l’Antarctique, deux colosses de glace, les icebergs A23a et A76a, attirent l’attention des chercheurs et illustrent la complexité des dynamiques climatiques. Ces « mégabergs », issus de la barrière de Filchner‑Ronne, fascinent autant par leur taille que par leur rôle possible sur l’océan. Publiée le 20 avril 2026 dans la revue Communications Earth and Environment, l’étude « Giant icebergs influence regional biogeochemical cycling in the Southern Ocean » menée par Laura Taylor et al. et le British Antarctic Survey (BAS) explore ces géants sous toutes leurs facettes.
Le parcours et les chiffres des deux géants
L’iceberg A23a, détaché en 1986, est resté presque 30 ans immobile dans la mer de Weddell. Avec plus de 3 700 km² à l’origine, il a perdu autour de 25 % de sa surface avant de reprendre sa dérive en 2020. Aujourd’hui il ne représente plus que 1 % de sa taille initiale et il devrait avoir totalement disparu d’ici fin 2026.
À l’inverse, le plus jeune A76a, détaché en mai 2021, couvre environ 3 500 km² et transporte une masse de glace proche de 1 000 milliards de tonnes. Ensemble, ces deux icebergs recèlent assez d’eau douce pour alimenter la France pendant plus de 250 ans.
Le navire RRS Discovery est passé à proximité de A76a en janvier 2023, tandis que le RRS Sir David Attenborough a rejoint A23a en décembre 2023, montrant l’engagement des institutions britanniques dans l’étude de ces entités naturelles.
Ce qu’ils font à l’écosystème et à la chimie de l’océan
L’étude menée par le BAS, en collaboration avec le Plymouth Marine Laboratory et le National Oceanography Centre, révèle des effets très différents selon les bergs. A76a a déclenché une vraie « explosion de vie » : une floraison massive de phytoplancton liée à un phénomène d’upwelling qui a remonté des nutriments riches vers la surface. Par contraste, A23a est resté sans effet mesurable sur le phytoplancton, un calme presque total.
Les chercheurs attribuent cette divergence à la libération de nutriments, notamment de fer, lors de la fonte d’A76a, qui l’a transformé en une sorte d' »usine à phytoplancton ». Ces observations remettent en question l’idée simple selon laquelle plus d’icebergs conduiraient forcément à plus de phytoplancton : chaque iceberg, selon le British Antarctic Survey, a son propre « tempérament chimique », ce qui ajoute des inconnues aux modèles climatiques actuels.
Ce que ça dit pour l’avenir du climat
Ces découvertes, illustrées par une photographie de Michael Meredith montrant l’imposant A76a, et relayées par des médias comme NPR, soulignent la complexité des interactions entre ces géants de glace et le écosystème marin. Les propos de Ted Scambos, qui parle de ce phénomène comme d’un « grand spectacle quotidien de la planète », et ceux d’Andrew Meijers, qui souligne la désintégration rapide d’A23a, donnent une idée de l’ampleur de ces changements.



