Antilles françaises : le secteur privé, nouvel acteur de la solidarité

Devant la gravité de la situation, de nombreuses entreprises antillaises se sont associées à cet élan de solidarité, par des aides matérielles et financières, ou des actions concrètes auprès des populations les plus fragiles.

Publié le
Lecture : 3 min
Hands 2888625 1920
Antilles françaises : le secteur privé, nouvel acteur de la solidarité © RSE Magazine

La Martinique et la Guadeloupe souffrent de niveaux élevés de pauvreté et de chômage. Pour y faire face, le secteur associatif et les ONG mènent un travail de longue haleine, reposant largement sur l’engagement de bénévoles. Une partie du secteur privé antillais s’est progressivement engagée à leurs côtés. Distributions alimentaires, insertion des jeunes et des publics précaires, accompagnement des personnes en situation de handicap : les initiatives de solidarité sont multiples, portées par des entreprises engagées.

Les données économiques sont sans équivoque : la précarité est nettement plus élevée dans les Antilles françaises qu’en métropole. Selon l’Observatoire des inégalités, le taux de pauvreté atteint 26,8 % en Martinique, 34,5 % en Guadeloupe, contre 14,5 % en France métropolitaine. Les taux de chômage y culminent à 14,4 % et 15,7 %, contre 7,5 % en métropole.

Précarité structurelle dans les Antilles françaises

Calculé par l’Insee, le niveau de vie annuel médian plafonne à19 770 euros en Martinique et 15 770 euros en Guadeloupe, contre 23 000 euros en France métropolitaine. Cette situation est aggravée par l’insularité, qui induit des prix plus élevés : toujours selon l’Insee, l’écart avec la métropole atteint 15,8 % en Guadeloupe et 13,8 % en Martinique, et dépasse même 40 % pour l’alimentation.

Cette précarité a des répercussions directes sur la santé et le bien-être des populations. Dans les Antilles françaises, la mortalité infantile est deux fois plus élevée qu’en métropole, et l’espérance de vie significativement inférieure – plus d’un an pour les femmes, de 18 mois en Martinique à trois ans en Guadeloupe pour les hommes. Cette situation nourrit un sentiment d’abandon vis-à-vis de l’État, et favorise l’émergence de tensions sociales.

Associations et ONG en première ligne

Face à l’ampleur des besoins, le secteur associatif et les ONG multiplient les actions à destination des plus précaires. Distributions alimentaires et maraudes soulagent les familles et les personnes isolées qui peinent à se nourrir. Elles sont notamment menées par la Banque alimentaire de Martinique, l’association guadeloupéenne Le bon combat, son homologue martiniquaise La maison du pain, le Secours catholique ou le Samu Social.

Les initiatives locales sont nombreuses, soutenues par des cohortes de bénévoles. L’épicerie sociale et solidaire martiniquaise Solipéyi et son homologue guadeloupéenne On pal pou vanse luttent contre la précarité alimentaire et l’isolement social. L’association martiniquaise ANAPAO fournit des aides matérielles, le Samu social mène des missions de réinsertion, la Protection Civile de Martinique intervient auprès des plus démunis. L’association guadeloupéenne Le Pourvoyeur propose de l’aide matérielle et alimentaire, des actions d’insertion, un soutien à la scolarisation.

Le secteur privé en appui de l’aide alimentaire

Devant la gravité de la situation, de nombreuses entreprises antillaises se sont associées à cet élan de solidarité, par des aides matérielles et financières, ou des actions concrètes auprès des populations les plus fragiles. La Fédération française des banques alimentaires bénéficie ainsi, en Martinique et Guadeloupe, de partenariats avec le Crédit Mutuel de Guadeloupe, la CMA-CGM, le Groupe Bernard Hayot (GBH) et ses filiales Carrefour locales.

Ce soutien financier et logistique permet d’augmenter les volumes de denrées distribuées, et facilite leur acheminement jusqu’aux populations concernées. Depuis plusieurs années, GBH et la CMA-CGM apportent aussi leur soutien aux antennes locales de la Croix-Rouge.

Insertion : quand les ETTI, GBH, Become ou Air Caraïbes se mobilisent

Le secteur privé antillais agit également en faveur de l’insertion des personnes éloignées de l’emploi, en particulier les jeunes, les seniors et les publics précaires. Certaines entreprises ont mis en place des dispositifs favorisant leur embauche, comme le partenariat entre Air Caraïbes et les lycées professionnels, ou les actions menées par STEP à destination de la jeunesse.

Plusieurs structures se sont spécialisées dans l’accompagnement et l’emploi de ces publics. C’est le cas de la société martiniquaise Become, à travers ses chantiers d’insertion, ou de nombreuses ETTI (entreprises de travail temporaire d’insertion) comme les guadeloupéennes Ergos, Axion Insertion et Guadeloupe Travail Temporaire, ou la martiniquaise INSER 2000.

En Martinique, GBH a signé un partenariat avec la Mission locale espace Sud, permettant la création d’un économat pour 200 jeunes en situation de précarité, qui bénéficient d’un panier alimentaire. Le groupe a par ailleurs développé un dispositif interne d’insertion des jeunes, baptisé « Tremplin pour l’emploi ».

Accessibilité et handicap

Plusieurs entreprises antillaises se distinguent aussi par leur engagement en faveur des personnes en situation de handicap, une population particulièrement exposée à la pauvreté et aux privations. Des sociétés comme les Étoiles d’Outre-Mer en Martinique ou l’ESAT Sylviane Chalcou en Guadeloupe offrent des emplois adaptés et un accompagnement vers l’autonomie professionnelle.

Lors des Trophées des administrations et entreprises inclusives, les sociétés privées martiniquaises Socomex et Les Éditions du Sucrier ont été récompensées pour leurs recrutements et le soutien à leurs salariés handicapés. Déployées notamment par GBH dans ses filiales antillaises, les initiatives d’insertion et de maintien dans l’emploi pour les personnes en situation de handicap s’inscrivent dans la même logique.

Laisser un commentaire