L’océan Pacifique, et en particulier la tristement célèbre « Grande Zone d’Accumulation de Déchets du Pacifique » (Great Pacific Garbage Patch), devient un lieu d’évolution surprenant. Les chercheurs constatent que de nouvelles communautés d’organismes s’installent sur les débris plastiques flottants, transformant la vie marine loin des côtes dans le vortex de déchets. Cette observation met en lumière à la fois l’ampleur de la pollution plastique et l’incroyable capacité d’adaptation des espèces marines.
Une nouvelle communauté : la « néopélagique »
L’étude publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution révèle l’existence d’une communauté qualifiée de « néopélagique ». Des espèces côtières, qui n’avaient pas accès aux hautes mers faute de surfaces dures, colonisent désormais des fragments de plastique abandonnés par l’homme.
Cette néopélagique regroupe 46 espèces d’invertébrés, identifiées lors de croisières menées dans le gyre subtropical du Nord-Pacifique. Les scientifiques ont récupéré 105 pièces plastiques de plus de 15 cm sur lesquelles la majorité des organismes, dont des balanes, des crabes et des amphipodes, ont été trouvés. Fait notable : 80 % de la diversité observée provient d’espèces côtières.
Comment les chercheurs ont procédé et ce qu’ils ont trouvé
Des croisières dans la partie est de cette vaste zone, entre la Californie et Hawaï, ont permis de collecter soigneusement les débris. Chaque objet a été étiqueté, photographié et examiné en laboratoire.
Les taxonomistes ont observé une cohabitation surprenante : des espèces pélagiques figuraient sur 94 % des objets, tandis que des espèces côtières étaient présentes sur 70 % d’entre eux. Les analyses montrent que de nombreuses espèces côtières peuvent survivre plusieurs années sur ces « radeaux » plastiques, un phénomène déjà relevé sur les débris issus du tsunami de 2011 au Japon.
Ce que ça change pour les océans et les défis à venir
La découverte de la communauté « néopélagique » soulève des questions sérieuses. Si la pollution plastique est une menace grandissante, ces nouvelles capacités d’adaptation modifient potentiellement l’organisation des écosystèmes marins et pourraient influencer la répartition des espèces.
Par ailleurs, des débris volumineux comme des filets et des cordesfantômes restent une menace directe pour la faune, provoquant des blessures et des mortalités chez les poissons et les mammifères marins.
Des initiatives telles que celles portées par Boyan Slat et l’organisation The Ocean Cleanup visent à réduire cette pollution, avec pour objectif de retirer 50 % du vortex en 5 ans. Ces efforts sont nécessaires face à un ensemble estimé à 1,8 milliard de morceaux de plastique, une masse totale d’environ 80 000 tonnes couvrant plus de 1,6 million de km², selon une étude récente signée par Laurent Lebreton.








