Une étude révolutionnaire, publiée dans la revue Science, met en lumière les effets perturbateurs des résidus pharmaceutiques sur les saumons atlantiques dans leur milieu naturel. C’est la première fois que des chercheurs, dirigés par Jack Brand et avec la contribution notable du Dr. Marcus Michelangeli de l’Australian Rivers Institute de l’Université Griffith, évaluent ces effets en dehors des laboratoires.
Au cœur de la recherche se trouve la rivière Dal en Suède. Toutefois, l’étude s’inscrit dans un cadre plus large, incluant d’autres lacs et rivières européens. En juin 2020, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les autorités environnementales ont signalé des comportements anormaux chez des saumons dans une pisciculture, liés notamment à la présence de substances comme la cocaïne. Le phénomène a aussi été observé au Royaume-Uni, en Espagne, et même dans des zones aussi lointaines que l’Antarctique.
Les chercheurs se sont focalisés sur les jeunes saumons atlantiques, appelés « smolts », en suivant plus de 700 spécimens dans leur habitat naturel. Contrairement aux études en laboratoire, ces poissons évoluaient librement, ce qui permet d’observer de façon plus authentique leur réaction aux substances présentes dans l’eau. D’autres travaux sur des espèces proches, comme la truite, ont montré des phénomènes comparables.
Les substances pharmaceutiques détectées dans cette étude sont nombreuses et préoccupantes. Parmi elles figurent :
- cocaïne
- benzoilecgonina (métabolite de la cocaïne)
- clobazam
- méthamphétamine
Plus de 900 molécules ont été retrouvées dans les voies fluviales mondiales, incluant des psychotropes variés tels que des antidépresseurs, des anxiolytiques et des analgésiques.
Sur le plan méthodologique, l’étude combine des analyses chimiques et un suivi de terrain innovant. Les chercheurs prévoient des phases futures avec des biologgers miniaturisés pour mieux saisir l’effet de ces substances sur le stress des poissons et leur survie. Les résultats actuels sont déjà alarmants : les saumons exposés à la cocaïne nagent jusqu’à 1,9 fois plus loin par semaine et franchissent les obstacles hydroélectriques jusqu’à 3 fois plus rapidement que les poissons non contaminés. L’exposition au clobazam réduit aussi leur comportement grégaire, ce qui augmente leur vulnérabilité.
Les conclusions mettent en garde contre une mauvaise interprétation de cette hausse d’activité migratoire comme un avantage adaptatif. Au contraire, cette agitation semble être un facteur de risque : elle expose les poissons à davantage de prédateurs et leur impact et leur fait dépenser plus d’énergie. Le Dr. Marcus Michelangeli insiste : « La recherche se distingue des précédentes par son approche dans le monde réel. La plupart des études antérieures sur les contaminants pharmaceutiques chez la faune aquatique avaient été réalisées en laboratoire, sans capter les complexités de l’environnement sauvage. »








