Suisse : la taxe textile pour transformer la filière du recyclage

Aujourd’hui, seuls 2 % des textiles collectés sont triés en Suisse, principalement en raison de coûts élevés et d’un manque d’infrastructures adaptées.

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Suisse : la taxe textile pour transformer la filière du recyclage © RSE Magazine

Derrière l’idée d’une “taxe textile” en Suisse, le terme est presque trompeur. Il ne s’agit pas d’un impôt classique, mais d’un mécanisme en cours de construction, à mi-chemin entre politique publique et organisation industrielle. Une contribution anticipée, intégrée au prix des vêtements, qui viserait à financer l’ensemble de leur cycle de vie. Et surtout, à combler un vide aujourd’hui largement documenté.

Beaucoup de textile récolté, peu de textile recyclé

Chaque année, environ 60 000 tonnes de textiles sont collectées en Suisse, soit près de 7 kilos par habitant. Mais derrière ce volume impressionnant, la réalité est moins vertueuse qu’elle n’y paraît : seule une petite partie est réellement recyclée, tandis qu’une part importante est exportée ou incinérée. Plus frappant encore, près de 36 700 tonnes de vêtements finissent directement dans les ordures ménagères et sont brûlées.

Le système actuel repose en grande partie sur la revente et la réutilisation, avec environ 60 % des textiles collectés qui trouvent une seconde vie. Le reste est dégradé en chiffons ou en matériaux de moindre valeur, et seule une fraction marginale fait l’objet d’un recyclage véritablement circulaire. C’est précisément cette impasse que la proposition politique cherche à dépasser.

Une contribution pour financer toute la chaîne

Au cœur du projet, l’idée est de créer un financement stable et mutualisé. Concrètement, chaque vêtement vendu serait assorti d’une contribution – dont le montant n’est pas encore fixé – destinée à couvrir les coûts de collecte, de tri, de recyclage, mais aussi de réparation et de réutilisation.

Ce point est essentiel : la mesure ne se limite pas au recyclage stricto sensu. Elle vise à structurer une filière complète, capable de gérer le textile dans une logique circulaire dès sa mise sur le marché. L’association industrielle Fabric Loop, qui regroupe plusieurs grandes marques suisses, travaille déjà à la mise en place de ce modèle, en élaborant ses bases juridiques et organisationnelles.

Le principe est directement inspiré du système de recyclage du PET, souvent présenté comme une réussite helvétique. Mais à la différence des bouteilles en plastique, le textile impose une approche beaucoup plus large, intégrant des services et des infrastructures encore inexistants à grande échelle.

Une obligation implicite pour toute la filière

L’un des aspects les plus structurants de la proposition tient à son périmètre. L’objectif n’est pas seulement de faire contribuer les acteurs suisses, mais d’inclure l’ensemble des entreprises qui vendent sur le marché helvétique, y compris les plateformes internationales de e-commerce.

Cette dimension est loin d’être anecdotique. Elle traduit une volonté de corriger une distorsion majeure : aujourd’hui, les coûts environnementaux sont largement externalisés, tandis que les acteurs les plus compétitifs sont souvent ceux qui échappent aux contraintes locales.

À terme, le système suisse pourrait également être aligné avec les futures réglementations européennes, qui prévoient la généralisation de dispositifs similaires.

Une transformation industrielle encore à inventer

Mais derrière l’ambition politique, la réalité technique rappelle les limites du modèle. Aujourd’hui, seuls 2 % des textiles collectés sont triés en Suisse, principalement en raison de coûts élevés et d’un manque d’infrastructures adaptées.

Le recyclage textile repose encore largement sur des procédés mécaniques simples, comme l’effilochage, tandis que les technologies plus avancées, notamment le recyclage chimique, restent peu développées et difficilement rentables.

La taxe envisagée apparaît donc aussi comme un outil d’investissement. Elle doit permettre de financer la création d’installations industrielles, de soutenir l’innovation et de faire émerger un marché pour les matières recyclées. Sans cela, la circularité textile restera théorique.

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