Recrutement : face au “ghosting”, les entreprises sommées d’adopter de nouvelles bonnes pratiques

86,4 % des candidats se déclarent favorables à l’instauration d’une loi imposant aux entreprises de répondre formellement à chaque candidat reçu en entretien.

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La RSE, levier clé d’un bon recrutement
Recrutement : face au “ghosting”, les entreprises sommées d’adopter de nouvelles bonnes pratiques © RSE Magazine

Alors que la responsabilité sociétale des entreprises s’impose comme un pilier stratégique, le recrutement devient un révélateur de cohérence entre discours et pratiques. Une enquête publiée en 2026 par Jooble met en lumière l’ampleur du “ghosting” et pose une question centrale : comment réhumaniser les processus de recrutement sans renoncer à l’efficacité ni à l’innovation technologique ?

Le recrutement à l’épreuve du “ghosting”

En 2026, le marché du travail français demeure sous tension. Pourtant, selon une étude menée par la plateforme de recherche d’emploi Jooble, 80 % des candidats déclarent avoir déjà été confrontés à une absence de réponse après un entretien. Ce chiffre massif révèle un décalage persistant entre les attentes des postulants et les pratiques observées dans les entreprises.

Plus précisément, 58,9 % des répondants indiquent avoir vécu cette situation à plus de trois reprises. Le silence intervient majoritairement après l’envoi du CV, dans 80,7 % des cas. Cependant, il ne s’arrête pas aux premières étapes : 10,2 % des candidats évoquent une absence de retour après un premier échange et 9,1 % après un entretien final. Même les profils ayant investi du temps et de l’énergie jusqu’au bout du processus ne sont pas toujours informés de l’issue.

Ce constat tranche avec le comportement déclaré des candidats eux-mêmes. En effet, 91,8 % considèrent comme une règle élémentaire de courtoisie de prévenir systématiquement lorsqu’ils ne peuvent honorer un entretien. L’asymétrie est manifeste. D’un côté, une exigence de professionnalisme ; de l’autre, des pratiques parfois défaillantes.

Dans une logique RSE, ce déséquilibre ne relève pas uniquement de la politesse. Il interroge la responsabilité sociale de l’employeur. Le recrutement constitue souvent le premier contact entre une organisation et ses futurs collaborateurs. Or, un défaut de réponse affecte non seulement la réputation, mais aussi la confiance globale envers l’entreprise.

Recrutement et respect du temps : traitement équitable des candidats

Au-delà du silence, l’étude pointe la question de la proportionnalité des processus. Pour 57,3 % des actifs interrogés, un recrutement efficace ne devrait pas dépasser une à deux étapes. Ce chiffre traduit une aspiration à la simplification, dans un contexte où les parcours peuvent s’étirer sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

La question des tests techniques apparaît particulièrement sensible. Ainsi, 16,3 % des répondants déclarent avoir déjà réalisé un cas pratique de plus de quatre heures sans recevoir le moindre débriefing. Un investissement conséquent, parfois équivalent à une demi-journée de travail, sans retour explicatif. Sur le plan éthique, cette situation interroge.

En matière de bonnes pratiques, plusieurs principes émergent clairement. D’abord, limiter les étapes aux évaluations strictement nécessaires. Ensuite, encadrer la durée des exercices demandés. Enfin, garantir systématiquement un retour argumenté, même succinct, lorsque le candidat a consacré un temps significatif à un test. Cette exigence de proportionnalité rejoint les principes fondamentaux de la RSE : respect des parties prenantes, équité et transparence. Un processus de recrutement n’est pas un simple filtre administratif ; il constitue une interaction sociale engageante. À ce titre, il mérite un cadre structuré.

IA et santé psychologique : quel traitement responsable ?

L’automatisation gagne du terrain dans les services RH. Toutefois, son acceptabilité dépend de la manière dont elle est intégrée. Selon l’enquête Jooble, 59,2 % des sondés jugent les réponses automatiques générées par l’intelligence artificielle “déshumanisantes”. À l’inverse, 30,8 % estiment que l’IA reste préférable à l’absence totale de réponse. « L’enjeu pour les recruteurs en 2026 n’est pas de rejeter l’IA ou les tests techniques, mais de les intégrer dans un parcours qui respecte le temps et l’engagement du candidat. La technologie doit soutenir le lien humain, pas le remplacer. Un feedback, même automatisé mais pertinent, est un premier pas vers une relation plus équilibrée », explique Yana Levchenko, Country Manager France chez Jooble, dans le communiqué accompagnant l’étude.

Au-delà de la perception, l’impact psychologique est tangible. 46,3 % des candidats déclarent que l’absence de retour après un investissement important entraîne une perte de confiance en leurs capacités. Ce chiffre souligne un angle souvent négligé : le recrutement influence la santé mentale et l’estime professionnelle des individus. Dans une perspective de gouvernance responsable, les entreprises gagneraient à formaliser une charte d’usage de l’IA en recrutement.

Vers un cadre plus formel du recrutement en France ?

Face à ces constats, les attentes évoluent. 86,4 % des répondants se déclarent favorables à l’instauration d’une loi imposant aux entreprises de répondre formellement à chaque candidat reçu en entretien. Par ailleurs, 62,7 % des actifs estiment que l’attitude des recruteurs s’est durcie et qu’ils sont devenus plus exigeants au cours de l’année écoulée. Dans ce contexte, le risque réputationnel grandit. Certes, 45,3 % des candidats se disent prêts à repostuler dans une entreprise qui ne leur a jamais répondu, mais “par pure nécessité”, précise l’étude. La confiance, elle, demeure fragilisée.

Pour les directions RSE, l’enjeu dépasse la conformité. Il s’agit d’anticiper. Intégrer des indicateurs d’expérience candidat dans les rapports extra-financiers, mesurer le taux de réponse après entretien ou encore suivre un Net Promoter Score candidat constituent des pistes concrètes. En définitive, le recrutement apparaît comme un laboratoire de la responsabilité sociétale. Transparence des réponses, proportionnalité des évaluations, encadrement de l’IA, respect du temps investi : ces bonnes pratiques ne relèvent plus du simple confort organisationnel.

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