La déforestation continue de prospérer grâce à la finance mondiale. En 2024, les 150 principales institutions financières ont injecté 8,9 trilliards de dollars dans l’« économie de la déforestation », majoritairement sans mécanismes d’encadrement.
Des mécanismes opaques de financement de la déforestation
Dans son dernier rapport annuel, intitulé « Forest 500 – Finance report: Deforestation is a bad investment », l’ONG Global Canopy expose un constat alarmant : la déforestation, moteur de 11% des émissions de gaz à effet de serre, est massivement soutenue par des acteurs du secteur finance, malgré les risques systémiques qu’elle inflige à nos économies.
Ce secteur de la finance canalise des sommes colossales vers des activités destructrices. En 2024, 8900 milliards de dollars ont été mobilisés vers des entreprises forest‑risk, souvent dans neuf commodités clés : palme, soja, boeuf, café, cacao, cuir, bois, pâte et papier, caoutchouc. Malgré l’influence potentielle de ces institutions, 60% ne disposent d’aucune politique en matière de prévention de la déforestation. Pire, 1 dollar sur 10 de ces financements a profité à des entreprises sans aucun engagement public contre la déforestation.
Ainsi, des acteurs majeurs comme Vanguard, BlackRock et JPMorgan Chase ont à eux seuls fourni plus de 1600 milliards de dollars à l’économie destructrice, sans garanties suffisantes.
Des failles dans les politiques d’engagement et des tentatives d’encadrement
Parmi les 60 institutions affirmant avoir une politique anti-déforestation, seules 27 surveillent leurs portefeuilles pour conformité, 32 engagent les clients non conformes, et 17 vont jusqu’à menacer de retrait rapide si rien ne change. Des banques comme BBVA, Deutsche Bank et Lloyds Banking Group constituent l’exception : elles filtrent toutes les commodités à risque. À l’inverse, le secteur banques et agribusiness continue de financer la destruction. Par exemple, Santander a co-arrangé 1,3 milliard de dollars pour Cresud, liée à la déforestation de 170.000 hectares dans le Gran Chaco, malgré une politique datée de 2018.
Certaines initiatives montrent toutefois une infime avancée : Standard Chartered, en partenariat avec l’État brésilien d’Acre, prévoit de vendre 5 millions de crédits carbone dès 2026, pour 150 millions de dollars, dont 72% iront aux communautés locales ou indigènes.
Enjeux systémiques et responsabilité du secteur de la finance
La déforestation représente une menace majeure pour le climat mais aussi pour la stabilité financière : elle contribue à l’instabilité des actifs dans les zones enclines aux feux ou inondations. Le Global Risks Report 2025 place la perte de la nature parmi les quatre risques majeurs pour la décennie à venir. Pourtant, malgré ce constat, peu d’institutions transforment réellement leurs pratiques : la finance globalement retarde face à une urgence environnementale qui appelle à des réponses immédiates.








