En France, le débat sur l’éclairage public anime les discussions entre ceux qui veulent préserver la planète et ceux qui cherchent avant tout à garantir la sécurité des habitants. Tandis que certaines communes choisissent d’éteindre les lampadaires pour protéger la biodiversité et réaliser des économies d’énergie, d’autres remettent en question cette décision face aux inquiétudes sur la sûreté des citoyens. Ce dilemme soulève des questions importantes sur la façon dont les collectivités peuvent jongler avec ces deux imperatifs.
Conséquences écologiques de l’extinction des lumières
Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), en 2017, les 11 millions de luminaires publics en France représentaient une puissance totale de 1 300 mégawatts. Entre 2022 et 2023, les émissions lumineuses ont chuté de 25 %.
La lumière artificielle perturbe largement la biodiversité : 30 % des vertébrés et 65 % des invertébrés mènent leur vie nocturne sous l’influence des éclairages. Certaines espèces se retrouvent attirées par la lumière, ce qui peut entraîner leur épuisement ou accroître leur risque de prédation. D’autres, au contraire, la fuient, transformant ainsi une route bien éclairée en véritable barrière.
Avis partagés sur l’extinction
Jean-Pierre Frodello, directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux en Normandie, ne se réjouit pas des mesures actuelles d’extinction partielle. Pour lui, « quand on éteint à 23 heures et qu’on rallume à 5 heures, c’est pas la fête pour une partie des espèces nocturnes » (il souligne que ce découpage horaire ne favorise pas la vie nocturne de certains animaux). Il propose d’éteindre complètement les lumières dès la tombée de la nuit au printemps, afin de mieux protéger le vivant.
Pourtant, certaines villes, comme celles de la métropole de Rouen, font marche arrière. La baisse des tarifs de l’électricité encourage de plus en plus à rallumer les éclairages publics. À Saint-Étienne-du-Rouvray, le maire Joachim Moyse évoque une hausse des vols et des dégradations comme raison pour remettre les lumières.
Sécurité et ressentis des citoyens
Les études ne démontrent pas clairement que l’absence d’éclairage engendre davantage de délinquance. À Rouen, aucune augmentation notable des interventions policières n’a été observée après la coupure des lumières. Cependant, Marie-Dominique de Suremain, urbaniste et sociologue, insiste sur le fait que les agressions reposent sur des témoignages réels vécus par les femmes dans l’espace public. Elle a travaillé sur les marches exploratoires qui permettent aux femmes d’identifier les obstacles qu’elles rencontrent lors de leurs déplacements nocturnes.
Pour tenter d’allier protection de l’environnement et sentiment de sécurité, diverses idées ont vu le jour :
- déplacer les arrêts de bus,
- mieux éclairer les passages piétons et les pistes cyclables,
- ou encore installer des lampadaires dotés d’un détecteur de mouvement.
Nouvelles initiatives dans quelques villes françaises
À Calais, après avoir coupé l’éclairage entre minuit et 5 heures du matin pendant deux ans (afin d’alléger une facture énergétique estimée à 750 000 euros), la municipalité a décidé, fin septembre dernier, de rallumer ses lampadaires. Cette décision s’appuie sur un investissement dans des LED moins gourmandes en énergie, pour un coût de 16 millions d’euros. Ces nouvelles installations devraient permettre de réduire la consommation énergétique de 83 % sur sept ans.
À Sarreguemines, l’éclairage public a aussi été rétabli après une année sans lumière nocturne. Le maire Marc Zingraff précise que, même si cette mesure avait généré entre 100 000 et 150 000 euros d’économies en 2022, elle avait par ailleurs posé des problèmes techniques. Dorénavant, la ville prévoit aussi d’investir dans des LED pour offrir un éclairage rassurant tout en allégeant sa consommation énergétique.








