Faillites : l’alerte maximale est toujours d’actualité en France

Le premier trimestre 2025 est le plus lourd depuis plus de dix ans en matière de soutien aux salariés en situation de défaillance d’entreprise.

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Faillites : l’alerte maximale est toujours d’actualité en France © RSE Magazine

Derrière chaque liquidation, il y a des noms, des visages, des responsabilités assumées jusqu’au bout. Tandis que les regards économiques scrutent les taux, une autre courbe s’élève sans bruit : celle des entreprises qui ferment sans fracas, laissant dans leur sillage des salariés désorientés, des territoires affaiblis, et un lien social fragilisé.

Faillites : un lourd premier trimestre 2025

L’alerte est tombée le 4 avril 2025. L’Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés (AGS) a diffusé un communiqué qui ne laisse place à aucun doute : le premier trimestre 2025 est le plus lourd depuis plus de dix ans en matière de soutien aux salariés en situation de défaillance d’entreprise.

Plus de 84 000 salariés ont été accompagnés entre janvier et mars, pour 7 300 nouvelles entreprises concernées. Les avances versées par l’AGS ont dépassé 530 millions d’euros, soit une hausse de 6,5% par rapport à la même période en 2024.

« En moyenne, au premier trimestre 2025, l’AGS a accompagné et soutenu près de 6 500 bénéficiaires chaque semaine, en augmentation par rapport à la moyenne de 2024 déjà élevée », a souligné Antonin Blanckaert, Directeur général de l’AGS dans le communiqué de presse diffusé vendredi 4 avril 2025.

Des TPE en première ligne : l’urgence de repenser la résilience

Le plus marquant, dans ce panorama, reste la vulnérabilité criante des très petites entreprises (TPE). Représentant plus de 85% des structures prises en charge par l’AGS, elles sont aussi les seules à voir leurs défaillances augmenter : +14,4% pour celles de 1 à 2 salariés.

Il s’agit souvent de structures familiales, ancrées localement, engagées, mais sans filet de sécurité : un retard de paiement, une inflation énergétique ou un marché public annulé peuvent suffire à provoquer la chute. En 2024, l’AGS avait déjà soutenu près de 250 000 salariés pour un montant global de 2,1 milliards d’euros. Une dynamique qui s’accélère.

Faillite sectorielle : un indicateur des transitions à mal accompagner

Si l’on considère les secteurs les plus touchés, l’industrie arrive en tête, avec plus de 15 000 salariés aidés, soit 20% des bénéficiaires. Parmi eux, les boulangers-pâtissiers sont particulièrement concernés, à hauteur de 8,5%. Leur situation pose des questions sur la capacité des politiques publiques à protéger les métiers essentiels dans la vie sociale de proximité.

La construction, malgré une baisse globale du nombre de bénéficiaires (-16,7%), reste fortement exposée : 13 000 salariés accompagnés, majoritairement dans les activités de gros œuvre.

Les services aux entreprises (11 500 salariés) et le commerce (10 000 salariés) enregistrent aussi des volumes importants, même si leur baisse respective reflète parfois l’épuisement du tissu restant.

Les transports de proximité et les assurances, quant à eux, enregistrent une hausse de bénéficiaires, signe de tensions spécifiques dans des domaines structurellement importants.

L’Île-de-France en alerte rouge pour les défaillances d’entreprises

Sans surprise, l’Île-de-France concentre 29% des bénéficiaires de l’AGS, révélant une polarisation du risque dans les grands bassins urbains. Mais la progression des défaillances touche aussi Auvergne Rhône-Alpes (11,5%) et Nouvelle-Aquitaine (8,5%).

Les 68 000 faillites attendues en 2025 selon les projections de l’Observatoire BPCE ne doivent pas être une fatalité. Elles peuvent devenir un révélateur utile pour ajuster nos modèles de gouvernance économique et sociale. Car derrière chaque dépôt de bilan se cachent des emplois, des familles, des territoires. Le rôle des politiques RSE, aujourd’hui, est de faire en sorte que la faillite d’une entreprise ne devienne pas la faillite d’un écosystème.

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