Des scientifiques proposent d’épaissir artificiellement des arches de glace naturelles afin de ralentir la fonte de la banquise arctique. La zone visée par ce projet de géo-ingénierie est le détroit de Nares, un chenal situé entre le Groenland et l’île d’Ellesmere, la plus septentrionale des îles canadiennes.
Ces arches se forment chaque hiver dans ce passage et retiennent une partie de la glace de mer qui s’accumule plus au nord. Leur découverte remonte à 2011 : Malcolm Davidson, de l’Agence spatiale européenne, survolait alors le détroit pour vérifier des observations satellitaires.
Il a repéré depuis les airs de larges plaques de glace peu épaisses, compactées de manière à bloquer entièrement le chenal, formant une arche courbée. Au nord, la banquise s’accumulait ; au sud, la mer restait en grande partie libre.
Une chasse d’eau de glace de plus en plus fréquente
Le problème, c’est que ces arches disparaissent de plus en plus tôt chaque année. Certaines saisons, elles ne se forment même plus. Quand elles se brisent, toute la glace retenue au nord s’échappe d’un coup vers le sud, un phénomène que Davidson compare, dans des propos rapportés par la revue New Scientist datés du vendredi 7 août 2026, à une chasse d’eau.
En moyenne, environ 95 000 km² de glace traversent chaque année ce passage pour finir par fondre plus au sud.
L’idée des chercheurs consiste à s’attaquer à ces structures, relativement petites comparées à la masse de banquise qu’elles retiennent. « Si le pont de glace pouvait être soutenu d’une manière ou d’une autre », avance Davidson, l’effet sur les pertes estivales de glace pourrait être limité, tout en renforçant l’albédo et le refroidissement de l’océan Arctique.
La technique envisagée consiste à forer des trous dans la glace et à pomper de l’eau de mer à la surface pour la faire geler, créant une couche supplémentaire. Ado Farsi, l’un des scientifiques du projet, décrit ce procédé comme l’ajout de « ciment » entre les blocs de l’arche pour l’empêcher de s’effondrer.
La start-up néerlandaise Arctic Reflections travaille actuellement sur cette méthode d’épaississement de la banquise. Un essai mené au Svalbard, en Norvège, en 2024, a permis de faire passer l’épaisseur de la glace de 90 à 116 centimètres. Les chercheurs veulent maintenant vérifier si un procédé similaire pourrait rendre les arches du détroit de Nares suffisamment solides pour résister plus longtemps aux vents, aux courants et aux températures de l’été.
Certaines réserves subsistent. Le chercheur Kent Moore résume la principale limite de la méthode en expliquant que même avec des ressources infinies, si les arches ne se forment pas, il n’y a rien à épaissir. Là où le phénomène a déjà disparu, aucune intervention ne peut donc compenser son absence.
D’autres scientifiques estiment qu’une grande partie de la glace ainsi retenue finirait malgré tout par fondre l’été, sous l’effet du réchauffement de l’océan et de l’atmosphère. Le climatologue Mark Serreze qualifie la solution de « pansement ». Les défenseurs du projet ne prétendent d’ailleurs pas arrêter le changement climatique, mais chercher à gagner du temps.
Geoffrey Evatt, qui soutient ces recherches, ne cache pas son ambivalence, estimant que ce n’est pas le monde dans lequel il a envie de vivre.
Les ajustements devraient tenir plusieurs mois sur une glace en mouvement permanent, dans une des régions les plus isolées de la planète. Au nord du détroit se trouve une zone où la banquise estivale pourrait subsister plus longtemps qu’ailleurs. Au sud s’étend la polynie des eaux du Nord, aussi appelée Pikialasorsuaq.



