« On n’a jamais mesuré des anomalies pareilles à cette période de l’année » : un climatologue du CNRS alerte sur El Niño 2026

+30 °C jamais atteints, +4 °C attendus en décembre : El Niño franchit des seuils inédits depuis 1950. Sécheresses, mousson chamboulée, océan en surchauffe… les scientifiques évoquent un « Super El Niño » aux conséquences inédites jusqu’en 2027.

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« On n'a jamais mesuré des anomalies pareilles à cette période de l'année » : un climatologue du CNRS alerte sur El Niño 2026
« On n’a jamais mesuré des anomalies pareilles à cette période de l’année » : un climatologue du CNRS alerte sur El Niño 2026 © RSE Magazine

Selon Celeste Saulo, secrétaire générale de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), dans le dernier bulletin saisonnier sur le climat de l’agence onusienne, publié jeudi 8 octobre 2026, la probabilité qu’il persiste jusqu’en février 2027 est proche de 100 %, ce qui pourrait en faire l’un des épisodes les plus intenses depuis au moins 1950.

Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Dans la région Niño 3.4, zone de référence du Pacifique tropical, l’anomalie de température de surface est passée de +1,6 °C en juin 2026 à +2,5 °C en août. Pour le trimestre octobre-novembre-décembre, l’OMM table désormais sur environ +3,7 °C, avec un pic attendu en décembre. Ce niveau dépasserait largement le précédent record, enregistré entre novembre 2015 et janvier 2016, alerte La Chaine Météo.

Autre seuil franchi ces derniers jours : la température moyenne de la zone 3.4 a dépassé les 30 °C, une valeur jamais atteinte depuis le début des relevés. Même les épisodes les plus puissants de 1997-1998 et de 2015-2016 n’avaient pas atteint ce niveau à leur pic, et celui en cours n’a pas encore culminé.

La NOAA, l’agence américaine, a publié ses propres estimations le même 8 octobre : elle évalue à 83 % la probabilité qu’El Niño atteigne une intensité historique entre octobre et décembre, et à plus de 90 % celle d’un épisode très intense sur tout l’automne-hiver.

Sécheresse en Amérique centrale, mousson perturbée en Inde

Les conséquences sont déjà tangibles sur plusieurs continents. En Amérique centrale, la sécheresse a asséché des champs, fait chuter les récoltes et provoqué des pertes de bétail. En Inde, la mousson a connu de fortes perturbations qui compromettent les cultures.

Le schéma se répète ailleurs. L’Indonésie fait face à un déficit pluviométrique pendant que les précipitations se renforcent dans le Pacifique central et oriental. En Amérique du Sud, le risque de sécheresse augmente dans le nord du Brésil, tandis que le sud du continent devient plus exposé aux fortes pluies.

Au Chili, des déficits de pluie se font sentir dans certaines régions, sans qu’on puisse les attribuer directement à El Niño, qui favorise d’ordinaire des hivers plus humides dans le centre du pays.

Un « Super El Niño » attendu jusqu’en février 2027

La plupart des scénarios des modèles s’accordent sur un pic en décembre 2026, avec une anomalie moyenne dépassant +4 °C sur la zone 3.4, certains scénarios minoritaires allant au-delà. Jamais un tel niveau n’a été observé. La phase dite de Super El Niño, au-dessus de +2 °C sur cette même zone, devrait se maintenir jusqu’en février 2027.

Il faudrait attendre mars pour repasser sous ce seuil, et mai pour qu’un retour à la normale devienne le scénario majoritaire.

Cette inertie n’est pas anodine : les effets les plus marquants d’El Niño se font souvent sentir après le pic d’intensité. Les deux premiers tiers de l’année 2027 devraient ainsi rester largement sous l’influence du phénomène dans le monde, avant une atténuation progressive.

Saulo a tenu à rappeler que le mécanisme à l’œuvre derrière ces chiffres tient au fait qu’El Niño n’apporte pas de chaleur supplémentaire à la planète, mais qu’il libère la chaleur que l’océan a déjà emmagasinée sous la surface, ce qui explique pourquoi un phénomène de forte intensité donne si souvent lieu à l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées, comme en 2024.

Et d’ajouter : « L’océan où il puise cette chaleur est le plus chaud que nous ayons jamais observé. Il y a tout simplement davantage de chaleur prête à être libérée. »

Au large de l’Équateur et du Pérou, certaines anomalies de température atteignent déjà jusqu’à 7 °C au-dessus de la moyenne, très loin des +2 à +3 °C habituellement observés lors des épisodes passés. En France, les répercussions restent indirectes et difficiles à isoler à l’échelle d’une saison.

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