Selon onze géologues signataires d’un article publié en mars 2017 dans la revue GSA Today, éditée par la Geological Society of America, Zealandia n’est pas simplement un ensemble de fragments continentaux, mais un continent cohérent qui devrait être reconnu comme tel.
Leur conclusion tranche avec des décennies de classification approximative : la masse continentale qu’ils décrivent n’est ni un fragment, ni un microcontinent, ni un chapelet d’îles submergées isolées, mais un continent à part entière, le huitième que compterait la planète.
Son nom, Zealandia, désigne une étendue de près de 4,92 millions de km², plus vaste que l’Inde et équivalente aux deux tiers de l’Australie. Jusqu’à 94 % de cette surface reste engloutie sous l’océan Pacifique Sud-Ouest. Seules la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie et quelques îles de taille modeste percent la surface de l’eau.
Une croûte plus épaisse que celle des fonds marins
Ce qui distingue Zealandia d’un simple plateau océanique tient à sa structure. Elle se situe à une altitude nettement distincte du plancher marin environnant et contient des roches riches en silice, typiques des masses continentales, loin du basalte qui caractérise les plaques océaniques. Son épaisseur crustale moyenne atteint 20 kilomètres, nettement supérieure aux environ 7 kilomètres de la croûte océanique, même si elle reste plus fine que celle de la plupart des autres continents.
Cette cartographie précise n’a été possible que grâce aux progrès récents en gravimétrie satellite et aux forages en eaux profondes, des outils absents lors des relevés antérieurs. L’idée d’un continent caché n’est pourtant pas nouvelle : dès 1895, le géologue écossais Sir James Hector avait avancé que la Nouvelle-Zélande n’était que la pointe émergée d’une crête continentale engloutie, une hypothèse largement ignorée à l’époque. Il faudra attendre 1995 pour que le géophysicien Bruce Luyendyk propose le nom Zealandia, relançant l’intérêt pour cette région.
Les fossiles retrouvés en Nouvelle-Zélande et sur les îles Chatham apportent un éclairage supplémentaire : ossements de sauropodes, d’ankylosaures et de prédateurs proches des allosaures ont vécu après la séparation de Zealandia du Gondwana, preuve que des sections du continent sont restées habitables pendant des millions d’années après la fragmentation.
Un os de pied datant de l’ère des dinosaures, découvert sur les îles Chatham et mis en avant dans une enquête de BBC Future, laisse même penser que d’autres vestiges attendent encore sous le plancher océanique.
La preuve la plus directe est venue des forages menés en 2017 depuis le navire de recherche JOIDES Resolution. Une équipe internationale a foré sur plus de 1 219 mètres de profondeur, répartis sur six sites à travers Zealandia. Les carottes extraites contenaient du pollen, des spores et des microfossiles typiquement associés à des environnements marins peu profonds ou terrestres, une preuve directe que des portions importantes du continent n’ont pas toujours été immergées.
Au-delà de la curiosité scientifique, la reconnaissance de Zealandia touche à des questions concrètes. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer permet à un pays d’étendre son plateau continental au-delà de sa zone économique exclusive standard s’il démontre une continuité géologique. L’étendue confirmée de Zealandia pourrait ainsi renforcer la revendication de la Nouvelle-Zélande sur des ressources minérales marines, des droits d’exploitation des fonds marins et d’éventuelles réserves d’hydrocarbures.
Pendant des décennies, cette région du Pacifique avait été cataloguée comme un ensemble dispersé de croûte continentale, sans cohérence propre. Son relief sous-marin, crêtes, plateaux et bassins, dessine un bloc continu et unifié.



