Plastiques en supermarchés : cette étude révèle l’écart entre promesses et réalité

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Plastiques en supermarchés : cette étude révèle l'écart entre promesses et réalité
Plastiques en supermarchés : cette étude révèle l’écart entre promesses et réalité © RSE Magazine

Le réseau Que Choisir Ensemble, allié à l’association No Plastic in My Sea, dévoile une enquête saisissante sur la persistance obstinée des plastiques dans l’univers de la grande distribution française. Cette investigation minutieuse, déployée du 7 au 21 février 2026 à travers 1 659 points de vente, expose un fossé béant entre les engagements solennellement proclamés par les distributeurs et la réalité tangible qui règne dans leurs magasins.

Tandis que la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020 traçait des horizons ambitieux pour la réduction des emballages plastiques jetables, l’évidence s’impose : la voie vers une distribution véritablement écologique demeure hérissée d’obstacles. Cette radiographie, embrassant onze géants de la distribution (E.Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan, Lidl, Aldi, Monoprix, Biocoop, La Vie Claire et Naturalia), dessine un panorama contrasté mais inquiétant de la métamorphose du secteur.

Les bouteilles plastiques, symbole d’une transition manquée

Au cœur de cette problématique trônent les bouteilles d’eau et autres breuvages, véritables souveraines des supermarchés qui accaparent « près de 40% des plastiques à usage unique » selon l’étude. Paradoxalement, alors que la législation prescrit une diminution de 50% des bouteilles plastiques d’ici 2030, les ventes d’eaux embouteillées ont bondi de 3,3% en 2025, révèlent les données de Circana citées dans le rapport.

Cette évolution contradictoire illustre magistralement l’envergure du défi à surmonter. Lucile Buisson, chargée de mission environnement chez Que Choisir, formule ce constat lapidaire : « On n’a même pas amorcé la trajectoire ». Les distributeurs nourrissent eux-mêmes cette spirale consumériste via leurs marques propres, certains déployant jusqu’à 186 références distinctes, tandis que les mini-formats de moins de 50 cl prolifèrent dans 81% des établissements scrutés.

Confronté à cette réalité, Carrefour brandit ses initiatives : 350 magasins dotés de machines collectrices de bouteilles plastiques permettant aux clients de récupérer « 1 à 2 centimes », et 450 magasins proposant un dispositif de consigne pour les contenants vitrés. Seule enseigne ayant véritablement franchi le Rubicon, Biocoop a banni la commercialisation d’eaux en bouteille plastique. Cette démarche radicale fait écho aux préoccupations environnementales croissantes, similaires à celles qui animent les initiatives de recyclage textile, où [chaque t-shirt usagé recèle un potentiel insoupçonné.

Fruits et légumes : l’emballage systématique en question

L’investigation révèle également des pratiques troublantes au rayon fruits et légumes. En se focalisant sur cinq produits témoins (pommes de terre, oranges, pommes, carottes et tomates), les enquêteurs ont constaté que 60% de ces produits non biologiques sont commercialisés emballés dans les magasins traditionnels, principalement sous plastiques.

La situation frôle l’absurdité concernant les produits biologiques : 91% d’entre eux sont vendus emballés, dont la moitié sous plastique. Cette aberration écologique trouve sa justification dans les contraintes réglementaires imposant une séparation stricte entre produits bio et conventionnels, mais interroge néanmoins la cohérence globale de la démarche environnementale.

En contrepoint, les magasins spécialisés dans le bio affichent des performances remarquables, avec 90% des fruits et légumes commercialisés en vrac. Les associations fustigent par ailleurs « la tendance émergente néfaste » consistant à commercialiser des légumes et fruits frais prédécoupés, multiplication d’emballages individuels qui contrecarre les objectifs de réduction.

Le vrac en net recul malgré les obligations réglementaires

L’une des révélations les plus alarmantes de cette enquête concerne le « net recul » du vrac observé dans les surfaces de vente. Cette régression survient paradoxalement au moment où un décret, promulgué fin 2025 après cinq années d’expectative, contraint les commerces de détail de plus de 400 mètres carrés à consacrer au moins 20% de leur surface de vente au vrac d’ici 2030.

Cette obligation réglementaire, censée renverser la vapeur, se heurte manifestement à des résistances opérationnelles et commerciales tenaces. Les associations dénoncent également le recours encore « embryonnaire » au réemploi des emballages et la persistance de pratiques de suremballage, auxquelles s’ajoute l’émergence de nouveaux produits problématiques comme les masques jetables en sachet, importés de Corée du Sud.

Des différences marquées selon les enseignes

L’étude met en exergue des disparités saisissantes entre les différents types de distributeurs. Les magasins bio apparaissent clairement « en avance » sur la trajectoire de réduction des plastiques, tandis que les enseignes de hard discount accusent un retard considérable, la « transition » y demeurant « à commencer » selon les auteurs du rapport.

Cette segmentation révèle que la question environnementale reste intimement liée au positionnement commercial et à la clientèle visée. Les consommateurs des enseignes bio manifestent une sensibilisation accrue et une disposition à modifier leurs habitudes d’achat, contrairement à ceux fréquentant les magasins discount où le critère prix supplante les considérations écologiques.

Recommandations et perspectives d’évolution

Face à ces constats, l’étude formule plusieurs préconisations stratégiques. Elle exhorte les distributeurs à abandonner les plastiques superflus et à prioriser les actions de réduction, particulièrement dans le secteur des eaux et boissons, le plus impactant. Le développement massif du réemploi des emballages et l’arrêt des pratiques de suremballage systématique figurent également parmi les recommandations phares.

Aux pouvoirs publics, les associations réclament notamment la promotion active de l’eau du robinet et la sanctuarisation des objectifs de la loi Agec. Philippe Joguet, directeur développement durable à la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), tempère ces critiques en insistant sur la dynamique : « Ce qui compte ce n’est pas la photographie à l’instant T mais la tendance à la baisse du plastique et les efforts déployés par le secteur pour être au rendez-vous en 2030 et au-delà ».

Pour Coopérative U, l’étude pointe « avec justesse, les difficultés » liées à « l’évolution des modes de vie (le snacking, le besoin de praticité) » conduisant au suremballage. L’enseigne s’engage à poursuivre « ses efforts » pour inverser cette tendance, adoptant une approche similaire à celle développée dans l’industrie aéronautique où [le démantèlement méticuleux permet de recycler jusqu’à 92% d’un appareil. Muriel Papin, déléguée générale de No Plastic In My Sea, souligne que l’actualité « nous amène à repenser de manière globale notre rapport au plastique », d’autant que les coûts s’envolent avec les tensions géopolitiques actuelles. Cette dimension économique pourrait paradoxalement catalyser la transition vers des alternatives plus durables, créant une convergence inédite entre impératifs environnementaux et contraintes financières.

L’enjeu transcende désormais la simple conformité réglementaire pour questionner fondamentalement les modèles de consommation et de distribution. Dans un contexte d’interconnexion planétaire croissante, où « tout dépend de tout », selon l’expression consacrée, la réduction des plastiques en grande distribution constitue un maillon essentiel de la transition écologique globale. Les prochains mois seront déterminants pour jauger la capacité du secteur à métamorphoser ces constats en actions concrètes et mesurables.

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