Conflit en entreprise : 64 % de jours de grève en moins en 2024

En France, le thermomètre du conflit social en entreprise est redescendu d’un cran en 2024. La grève a nettement reculé, après l’onde de choc de 2023, et les tensions se sont davantage repliées sur des sujets internes de travail.

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Conflit en entreprise : 64 % de jours de grève en moins en 2024 © RSE Magazine

Le 5 février 2026, une publication de la Dares dresse le bilan des grèves en 2024 dans les entreprises privées non agricoles (au moins 10 salariés) en France tandis que d’autres indicateurs publics publiés début février 2026 éclairent l’arrière-plan de tension sur le marché du travail. Ensemble, ces données racontent une année 2024 de conflit plus discret, moins massif, et surtout moins interprofessionnel, avec une baisse marquée des jours perdus pour grève par rapport à 2023.

Grèves : l’année 2024 plus calme après le pic de 2023 en France

Le signal le plus net du recul du conflit passe par l’intensité des arrêts de travail. Rapporté aux effectifs, le nombre de journées individuelles non travaillées (JINT) « diminue de 64 % en 2024 » et « s’établit à 62 jours pour 1 000 salariés », selon la Dares. La grève a donc pesé moins sur l’activité des entreprises qu’en 2023.

Pour comprendre ce recul du conflit au sein des entreprises, il faut regarder le ressort principal pointé par la statistique publique : la baisse des mouvements interprofessionnels. La Dares explique que le net reflux des arrêts collectifs s’explique « essentiellement par la diminution du nombre de mouvements interprofessionnels », en particulier celui lié à la contestation de la réforme des retraites. Autrement dit, la grève en 2024 n’a pas disparu, mais elle a perdu l’“effet amplificateur” d’un grand rendez-vous national. Dès lors, le conflit se disperse : il devient plus local, plus ciblé, plus centré sur l’entreprise et sur des sujets concrets de travail.

Conflit en entreprise : ce que disent les chiffres Dares sur les grèves

Le recul du conflit se lit aussi dans la baisse proportion d’entreprises touchées. En 2024, « 1,6 % des entreprises » de 10 salariés ou plus du privé non agricole connaissent au moins un arrêt collectif. Cette part diminue de 1,1 point par rapport à 2023. Là encore, le mouvement est clair : l’outil grève est mobilisé par moins d’entreprises, donc le conflit s’exprime dans un périmètre plus resserré. Mais cette moyenne nationale n’efface pas les contrastes. Certaines branches restent des terrains de tension où le conflit peut s’installer plus facilement, parce que les organisations de travail y sont sensibles, ou parce que les négociations y sont particulièrement tendues.

Ces contrastes apparaissent immédiatement dans la photographie sectorielle. Les entreprises de la fabrication de matériels de transport sont celles où la grève est la plus fréquente : 5,5 % d’entre elles ont connu au moins un arrêt collectif en 2024, selon la Dares. Viennent ensuite, à un niveau élevé, l’enseignement, la santé et l’action sociale privés, avec 4,5 % d’entreprises concernées.

Le nombre des journées perdues souligne une autre réalité du conflit : le transport et l’entreposage restent un foyer majeur de grève. La Dares y relève 403 jours non travaillés pour 1 000 salariés en 2024, après 894 en 2023). Même en année “basse”, la grève conserve des bastions où le conflit a un effet bien plus massif que dans le reste de l’économie.

Conflit au travail : où sont les tensions ?

Le reflux du conflit s’explique notamment par la nature des revendications qui changent. En 2024, les rémunérations redeviennent le premier motif de grève dans les entreprises qui connaissent un arrêt collectif : 56 % des cas. Les conditions de travail arrivent ensuite, avec 34 %. Ces deux chiffres racontent une année où le conflit est moins “politique” et davantage “gestionnaire” : salaires, primes, organisation, charge, temps, contraintes. Le cœur du conflit se déplace vers le quotidien de l’entreprise. Et, paradoxalement, ce recentrage peut réduire la visibilité de la grève : les conflits sont plus nombreux à se régler par négociation locale, ou à s’épuiser plus vite, sans se transformer en mobilisation nationale.

Pour autant, parler d’accalmie ne revient pas à dire que la tension a disparu. Le marché du travail reste un déterminant important du conflit : quand les recrutements sont difficiles, la négociation salariale peut se durcir ; quand l’activité ralentit, les réorganisations peuvent nourrir la tension en entreprise. Cependant, la Dares observe qu’en 2024 « les tensions sur le marché du travail diminuent sensiblement après un pic à un niveau record en 2023 », avec six métiers sur dix en tension forte ou très forte, contre sept sur dix l’année précédente. Ce repli de la tension peut contribuer à la baisse de la grève et du conflit, parce qu’il modifie les anticipations des salariés comme celles des directions. Mais la même publication rappelle que les tensions demeurent très élevées dans plusieurs métiers, ce qui laisse un socle de fragilité.

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