Le passage de Babybel du film plastique au papier recyclable pour l’emballage de ses fromages n’est pas seulement une opération cosmétique. Il s’inscrit dans une stratégie de responsabilité sociétale et environnementale (RSE) qui interroge la capacité de toute la filière alimentaire à réduire son recours au plastique, à limiter son empreinte carbone et à se conformer à des objectifs environnementaux nationaux et européens.
Un geste industriel à forte portée environnementale
Le groupe Bel a officialisé le lancement d’un déploiement mondial visant à remplacer progressivement le cellophane des Babybel par un emballage en papier recyclable, avec un objectif de généralisation sur les 50 marchés d’ici 2027. Cette transformation est présentée par le groupe comme le fruit de plusieurs années de R&D et comme une étape vers des emballages « prêts pour le recyclage » à l’horizon 2030. Sur le plan chiffré, Bel annonce que le basculement vers la fibre permettra d’économiser environ 850 tonnes de plastique et de réduire les émissions de 2.500 tonnes de CO₂ par an.
Le passage au papier pose néanmoins des enjeux techniques et sanitaires : l’emballage doit continuer d’assurer la protection microbiologique, la tenue aux variations de température et la durabilité du produit tout au long de la chaîne logistique. Bel justifie la conservation de la coque rouge en cire comme barrière sanitaire essentielle, et présente la solution papier comme certifiée et tracée pour garantir la gestion responsable des forêts. Sur ces aspects techniques, le groupe met en avant son approche d’éco-conception et ses engagements existants sur la recyclabilité.
La décision de Bel intervient dans un cadre réglementaire qui pousse la réduction du plastique. La loi « antigaspillage et économie circulaire » (AGEC) fixe la trajectoire vers la fin de la mise sur le marché d’emballages plastiques à usage unique d’ici 2040, avec des étapes intermédiaires (2025, 2030, etc.). Ces objectifs entraînent des obligations d’écoconception, de réduction et de développement du réemploi. L’État a également publié des stratégies et bilans intermédiaires (stratégie 3R — réduire, réemployer, recycler) détaillant des cibles opérationnelles pour 2025 et au-delà. Ces documents soulignent l’urgence d’éliminer les emballages « sans fonction technique essentielle » et de développer des filières de réemploi et de recyclage adaptées.
Quid de la filière et du reste des acteurs français ? Plusieurs leviers structurels encadrent la réduction du plastique dans l’alimentation en France :
- la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) pour les emballages (nouvelle filière EMPAP) organise la collecte, le recyclage et la tarification des emballages : depuis 2024, les emballages ménagers et papiers graphiques sont traités dans une filière fusionnée (EMPAP) visant à améliorer les flux de tri et le recyclage ;
- des pactes et engagements volontaires rassemblent entreprises et pouvoirs publics pour des objectifs partagés (intégration de matières recyclées, développement d’innovations, réemploi). Ces initiatives complètent la régulation en encourageant des solutions industrielles ;
- des enseignes de distribution ont pris des engagements sectoriels (réduction ou substitution des plastiques, objectifs sur les marques propres). Carrefour, par exemple, publie des engagements de réduction des plastiques et participe aux pactes nationaux, ce qui crée une pression déjà ressentie en amont par les fournisseurs.
L’ensemble de la filière agro-alimentaire conserve encore des marges de réduction de plastique importants
Malgré ces avancées, la France traîne sur certains indicateurs opérationnels : des rapports récents pointent un taux de recyclage effectif des plastiques encore éloigné des objectifs européens (rapport sénatorial et analyses de gouvernance des filières REP). Ces évaluations mettent en garde contre des mécanismes de gouvernance insuffisamment contraignants et appellent à une réforme pour tirer les bénéfices environnementaux annoncés.
Par ailleurs, les usages agricoles et alimentaires représentent une part importante des plastiques consommés. Une expertise scientifique note que jusqu’à 20% des plastiques consommés en France sont destinés aux secteurs agricole et alimentaire, ce qui souligne la nécessité d’actions ciblées dans ces segments (réduction des films, innovation en matériaux, recyclage spécifique).
Enfin, des débats politiques récents (par exemple, la polémique autour de la vaisselle en plastique en restauration collective) montrent que la transition peut rencontrer des résistances opérationnelles et réglementaires. Ces épisodes confirment la nécessité d’un dialogue public/privé robuste pour mettre en oeuvre les interdictions et alternatives.








