Galeries Lafayette : polémique autour du partenariat avec Shein

Publié le
Lecture : 3 min
Galeries Lafayette
Galeries Lafayette : polémique autour du partenariat avec Shein © RSE Magazine

Dans un communiqué publié le 1er octobre 2025, la Fédération Nationale de l’Habillement (FNH) dénonce « la profonde désapprobation » suscitée par l’annonce d’un partenariat entre Shein, le BHV Marais et cinq Galeries Lafayette. La FNH s’élève avec force contre l’annonce selon laquelle Shein s’implanterait de façon permanente au BHV Paris et dans cinq Galeries Lafayette de province (Dijon, Reims, Grenoble, Limoges et Angers). Dans son communiqué, elle dénonce « un manque d’imagination et de professionnalisme alarmant » de la part d’enseignes historiques.

Pierre Talamon, le président de la FNH, rappelle que sa fédération représente « 33.000 boutiques de mode indépendante » sur le territoire français, soulignant le contraste entre ces acteurs « qui défendent une mode responsable, originale » et les géants de l’ultra fast fashion aspirant à un développement rapide. Par ailleurs, la FNH reproche aux enseignes concernées de « s’associer à ce qu’il y a de plus contestable dans le secteur » en choisissant de s’adosser à Shein. Ce point met en lumière une contradiction majeure : comment revendiquer un positionnement responsable tout en collaborant avec une marque régulièrement critiquée pour ses pratiques sociales, environnementales et de surproduction ?

La FNH ne se limite pas à critiquer : elle appelle le BHV, les Galeries Lafayette et l’ensemble des acteurs du commerce à repenser leurs modèles. Elle plaide pour une alliance avec les professionnels du secteur qui, selon elle, possèdent un savoir-faire durable en merchandising, relation client et sélection de collections.

Le bras de fer latent entre Galeries Lafayette et la Société des Grands Magasins autour du partenariat avec Shein

Quant aux Galeries Lafayette, elles ont elles aussi pris position publiquement contre le projet d’implantation de Shein dans les magasins affiliés gérés par la Société des Grands Magasins (SGM). Dans un communiqué, elles affirment « profond désaccord » avec ce choix, critiquant un positionnement commercial incompatible avec leurs valeurs. Elles considèrent même que le projet est « contraire aux conditions contractuelles d’affiliation » qui lient les magasins exploités par SGM à la marque Galeries Lafayette. Les Galeries affirment qu’elles « empêcheront la mise en œuvre » de ce partenariat, marquant leur volonté d’intervenir pour bloquer toute installation de Shein dans les points de vente concernés.

Pourtant, la SGM conteste cette lecture : selon la foncière, le partenariat serait conforme aux obligations contractuelles et le dialogue entre les parties est maintenu pour « lever ce malentendu ».

Malentendu au sujet du partenariat avec Shein : la structure organisationnelle des Galeries Lafayette en cause

La SGM est donc la foncière à l’origine du projet. Depuis 2022, elle détient sept Galeries Lafayette régionales (Dijon, Angers, Reims, Limoges, Grenoble, Le Mans, Orléans). En novembre 2023, l’entreprise avait acquis le BHV Marais et le BHV Parly 2 auprès du groupe Galeries Lafayette. Ainsi, le BHV et les Galeries Lafayette affiliés via SGM entrent dans une dynamique de redéploiement sous une même gestion foncière. Ce lien structurel explique en partie la controverse : les Galeries Lafayette doivent composer avec une foncière qui adopte une stratégie commerciale distincte, potentiellement en contradiction avec leur image. Évoquant ce conflit latent, les Galeries affirment que « les affiliés ont une latitude d’action », mais que cette latitude doit rester compatible avec le « positionnement premium des Galeries Lafayette ».

Par ailleurs, le projet d’implantation de Shein prévoit la création de 200 emplois directs ou indirects au sein de la SGM, un argument avancé en faveur du projet. Toutefois, ce levier socio-économique est largement contesté par les fédérations de mode, qui y voient un argument de façade face à des enjeux éthiques et environnementaux.

Le partenariat avec Shein met à mal le positionnement des Galeries Lafayette en tant qu’enseigne durable

L’annonce de ce partenariat vient se heurter frontalement aux engagements RSE affichés par les Galeries Lafayette — alors que l’enseigne s’était déjà investie dans des initiatives durables.

D’abord, les Galeries Lafayette et le BHV ont mis en place des espaces de seconde main, en partenariat avec la start-up Paradigme. Cette offre, initialement déployée par l’intermédiaire de pop-up, est désormais permanente dans plusieurs magasins (BHV Rivoli, Parly 2, trois Galeries Lafayette dont Dijon, Le Mans, Orléans) et en ligne. Ce positionnement responsable exclut intentionnellement « la fast fashion » des catalogues revendus.

Si les Galeries Lafayette revendiquent un « positionnement premium », elles sont désormais confrontées à un choix stratégique : consolider cette image ou céder aux impératifs de volume que propose Shein. Le projet d’installation de Shein semble antinomique avec une stratégie RSE rigoureuse, notamment pour une enseigne soucieuse de son branding durable.

À l’occasion de cette crise, les Galeries Lafayette multiplient les déclarations publiques. Elles affirment que le projet avec Shein viole leur franchise et va à l’encontre de leurs valeurs. Mais cette posture interpelle sur la cohérence entre discours et actes, notamment si le groupe ne dispose pas d’un véritable levier juridique pour bloquer le partenariat.

Laisser un commentaire