On parle souvent de la culture comme d’un secteur à part, presque éthéré. Mais si on regarde les chiffres, le tableau est beaucoup plus terre à terre. Le 7 juillet 2025, le ministère de la Culture a publié une étude très concrète : la création artistique émet 8,5 millions de tonnes de CO₂ chaque année en France, soit 1,3 % de l’empreinte carbone nationale. Ce n’est pas un détail. C’est deux fois plus que l’ensemble du trafic aérien intérieur.
Autrement dit, l’art pollue plus que les vols Paris-Toulouse ou Nice-Lyon réunis !
Pollution : l’opéra en tête, les festivals pas loin derrière
Quand on parle de création artistique, on parle ici des arts visuels, du spectacle vivant et des formations artistiques. Et ça comprend un peu tout : festivals, opéras, galeries, écoles, compagnies… Bref, un écosystème vaste, mais dont l’impact écologique restait jusqu’ici mal mesuré.
Cette évaluation a été réalisée par la Direction générale de la création artistique (DGCA), avec PricewaterhouseCoopers, et fait partie des travaux de référentiel carbone lancés par le ministère en 2023. Objectif : enfin poser des chiffres sur ce que ce secteur consomme, produit… et rejette.
Sans surprise, certaines disciplines pèsent plus lourd que d’autres. L’opéra est le plus gros émetteur de CO₂, avec une moyenne de 2 726 tonnes par structure. L’Opéra de Paris à lui seul émet 42 800 tonnes de CO₂ par an, soit presque autant que les 78 scènes nationales réunies.
Les festivals, eux, explosent les compteurs côté déplacements : jusqu’à 78 % des émissions de GES viennent des trajets des spectateurs, artistes et équipes. Et selon l’accessibilité ou la taille des événements, les chiffres peuvent vite grimper. L’usage des trains, bus ou covoiturage est encore trop marginal.
Costumes, décors, éclairage : la facture énergétique grimpe vite
L’autre grosse source d’émissions, c’est tout ce qu’on achète et fabrique. Dans le cas des opéras, par exemple, 39 % des émissions viennent de l’achat de costumes, décors ou matériel technique. Dans le spectacle vivant en général, cette part tourne autour de 25 %. Et ce sont justement ces postes-là qui sont les plus faciles à réduire, contrairement aux déplacements du public.
Quelques structures commencent à bouger : le Festival d’Aix travaille depuis 2014 sur des décors éco-conçus, et la Comédie-Française a récemment choisi le fret ferroviaire pour transporter ses installations. Mais pour l’instant, ce sont des exceptions.
Le ministère de la culture veut réduire de 50 % les émissions du secteur culturel d’ici à 2030, soit dans moins de cinq ans. Pour y arriver, un outil d’estimation carbone sera mis à disposition des structures culturelles à partir de l’automne 2025.








