Le 9 avril 2025, l’IEIF et l’ASFFOR ont annoncé le lancement d’un indice inédit destiné à mesurer la performance des fonds forestiers en France. Ce nouvel outil, baptisé « IEIF ASFFOR Fonds Forestiers France », vise à combler un vide criant dans le paysage de l’investissement alternatif. Et à première vue, il ne s’agit pas d’une opération cosmétique.
Un indice pour rendre visible l’invisible des fonds forestiers
À l’heure où les actifs verts et durables font les choux gras des places financières, les fonds forestiers restaient jusqu’ici les grands absents des tableaux de bord. Pourtant, leur rôle dans la diversification des portefeuilles ne fait plus débat. C’est ce constat qui a poussé l’Institut de l’Épargne Immobilière et Foncière (IEIF) et l’Association des Sociétés et Groupements Fonciers et Forestiers (ASFFOR) à créer un outil robuste de mesure.
Cet indice pondéré par la capitalisation, mis à jour chaque mois à partir du 20 juin 2025, se base sur les prix de souscription des parts de groupements forestiers agréés par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Le prix retenu est celui de la dernière procédure de retrait compensé ou d’augmentation de capital. L’indice, rétropolé depuis décembre 1997, offre ainsi une profondeur historique inédite.
Et la révision de sa composition n’est pas laissée au hasard : elle interviendra chaque année en juin, en se fondant sur les données de l’exercice précédent. Un Comité de Supervision, composé de représentants des deux entités fondatrices, est chargé d’assurer la fiabilité de cet instrument.
Des gestionnaires forestiers dans les clous réglementaires
Le timing n’est pas anodin. Le 10 janvier 2024, la révision du règlement ELTIF 2 (European Long-Term Investment Funds) est entrée en vigueur. Elle autorise les fonds d’investissement alternatifs, dont les fonds forestiers font partie, à bénéficier de conditions d’agrément assouplies, tant pour la collecte que pour la commercialisation transfrontalière.
Dans ce contexte, « la création de l’indice renforce la transparence sur cette classe d’actifs ‘forêt’ alliant diversification, vision de long terme et gestion durable. Elle contribue à améliorer l’information financière et donc la protection des épargnants », ont fait savoir Jean-Louis Rouquette, Président de l’ASFFOR, et Michel Pitard, Secrétaire permanent.
L’indice n’est donc pas une coquetterie académique. Il s’inscrit dans un arsenal d’outils imposés par l’AMF pour garantir aux investisseurs une lisibilité accrue sur ces produits. Et pour cause : depuis 2019, les Groupements Forestiers d’Investissement (GFI) sont accessibles au grand public. L’obligation de rendre compte n’est plus une option.
La forêt comme horizon financier : pari ou mirage ?
Les fonds forestiers séduisent par leur résilience face aux aléas des marchés. Basés sur un actif tangible – le foncier boisé – ils s’émancipent des logiques spéculatives court-termistes. La forêt pousse, lentement mais sûrement, et rapporte. C’est du moins le récit souvent vendu.
Mais encore fallait-il pouvoir mesurer. « Forts de ce savoir-faire, nous sommes fiers d’avoir élaboré et de produire ce nouvel indice, qui représente une avancée majeure pour renforcer la transparence et affiner la mesure des fonds forestiers », ont précisé Christian de Kerangal, Directeur général de l’IEIF, et Stéphanie Galiègue, Directrice générale déléguée en charge de la Recherche et des Études, dans le même communiqué.
L’indice « IEIF ASFFOR Fonds Forestiers France » permettra aussi aux investisseurs de calibrer leurs choix, en le prenant comme référence de performance ou de gestion des risques. C’est une boussole dans un univers jusqu’ici sans carte.
Une dynamique sectorielle à surveiller
Reste une question : cet outil changera-t-il fondamentalement l’attractivité des fonds forestiers ? Pour les institutionnels, les signaux sont au vert. La régulation, le cadre fiscal favorable, la stabilité de l’actif, tout semble aligné. Pour les particuliers, la pédagogie reste à faire. L’IEIF a annoncé que l’indice serait accessible sur son site officiel, mais cela suffira-t-il à démocratiser cet investissement confidentiel ?
Le marché des produits forestiers – bois d’œuvre, carbone, biodiversité – est en pleine mutation. À l’heure où la financiarisation de la nature suscite des débats houleux, cet indice offre une réponse technique mais politique. Il acte que la forêt est aussi un produit financier. Et que la rigueur doit s’inviter dans sa gestion.








