Heuristiques et biais cognitifs
Les biais cognitifs sont des mécanismes de pensée qui viennent déformer la réalité en raison d’une altération du jugement lié à un dysfonctionnement dans le raisonnement (distorsions cognitives). Ils sont des réflexes de pensée faussement logiques, inconscients, et systématiques. Ces biais se produisent, lorsqu’on relève une distorsion dans la prise d’information ou son traitement. Ils sont liés à des ressources cognitives limitées (temps, informations, capacités) ou à des facteurs motivationnels, émotionnels ou moraux (excès de confiance, auto-complaisance, croyances…) qui peuvent produire des biais d’analyse et de jugement.
Une heuristique relève d’une autre logique en dépit de certaines similitudes. Il s’agit ici d’une stratégie cognitive simplifiée (raccourci cognitif), utilisée par tout individu, pour économiser du temps et faciliter la prise de décision. Elles peuvent ainsi permettre de se substituer à un raisonnement analytique global, en établissant des inférences acceptables pour l’individu (réduction de la complexité ). Néanmoins, elles peuvent aussi s’avérer fausses d’un point de vue logico-déductif et sont donc susceptibles de générer des biais dans l’esprit des décideurs. Ces jugements rapides sont donc en soi utiles mais aussi à la base de jugements erronés typiques. De ce fait, les heuristiques peuvent être considérées comme des sources potentielles de biais, qu’il convient de repérer et d’analyser.
De manière générale, les travaux sur les jugement lors de prises de décision ont identifié un grand nombre d’heuristiques et de biais cognitifs à l’origine d’erreurs commises par les décideurs. Il est proposé d’en sélectionner quelques-uns, afin de mieux comprendre leur mécanisme de fonctionnement.
Le biais de disponibilité
L’heuristique de disponibilité ne conduit pas nécessairement à des conclusions biaisées. Elle peut même être utile, lorsque la situation rencontrée est fréquente et déjà connue. Elle relève d’un mécanisme naturel et humain qui vise à mobiliser les données directement disponibles dans notre mémoire. Il s’agit donc d’un mode de pensée efficace qui peut résoudre des problèmes simples, avec un minimum d’effort cognitif (recours aux informations disponibles ou facilement accessibles).
Néanmoins, l’heuristique de disponibilité peut être aussi une source de biais importante. Elle peut notamment conduire à oublier des informations essentielles pour la prise de décision. Toute idée évidente est en effet susceptible de l’emporter sur d’autres qui pourraient a priori s’avérer plus rationnelles et qui devraient normalement conditionner nos choix. En effet, en activant les données qui viennent rapidement en mémoire, l’individu peut privilégier des informations sensorielles, expérientielles ou usuelles au détriment de données fiables et objectives (données chiffrées, statistiques, règlements, spécifications techniques). L’individu peut ainsi confondre récence avec importance, praticité avec stratégie, et ainsi créer une base de données active et facile d’accès, mais en fin de compte, parcellaire et en partie erronée.
Le biais de confirmation
Le biais d’ancrage
Ce biais conduit ainsi le décideur à commettre deux types d’erreurs. Le premier consiste à rejeter toute information n’allant pas dans le sens de l’orientation définie, en filtrant l’information en fonction du cadre d’analyse initial (rigidité d’esprit). Le second concerne la tentation d’accorder une attention sélective vis-à-vis des informations confirmatoires. Dans ce type de mécanisme, seules seront retenues les informations qui vont dans le sens des hypothèses contenues dans les schémas cognitifs des individus (démarche d’auto-renforcement). Dans le cas contraire, l’information sera rejetée ou transformée pour la rendre compatible avec le cadre d’analyse initial (mécanismes d’assimilation).
Le biais d’ancrage est donc un mécanisme cognitif, où l’on part d’un point d’analyse initialement donné et désormais ancré dans le cognitif de l’individu et qui va servir de base de référence à toutes informations nouvelles. Tout élément nouveau sera par conséquent analysé en fonction de sa compatibilité avec le schéma initial de l’individu qui selon cette disposition, acceptera ou refusera la nouvelle information.
Conclusion
Pour aller plus loin
Kahneman D., Slovic P., Tversky A., Judgement Under Uncertainty : Heuristic and Biases, Cambridge University Press, 1982.
Meier O., Schier G., « Family firm succession: lessons from failures », Journal of Family Business Strategy, 5(4), 2014, p. 372-383.
Meier O. et al., « Method in their madness: understanding the behavior of VSE owner-managers », Journal of Small Business and Enterprise Development,18(2),2011, p.331–351.
Meier O., Sannajust A., « Retrait de cotation: méfiez vous des biais », Harvard Business Review , France, Mars, 2017.
Meier O., Barabel M., « Biais cognitifs du dirigeant, conséquences et facteurs de renforcement lors de fusions acquisitions », Finance Contrôle Stratégie, Vol. 5, N° 1, mars 2002, p.5 – 42.
Meier O., Barabel M., Manageor, Dunod, 2015.









cela peut aussi être utilisé comme méthode d’influence des comportements tirant parti de la rationalité limitée, c’est le principe du « nudge » qui peut être un biais de perception positif, par exemple une incitation utile comportementale à la sécurité : https://www.officiel-prevention.com/formation/conseils/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=183&dossid=587