SAPRENA ouvre ses résultats sociaux et environnementaux à l’examen public. Pour son premier rapport de mission, l’entreprise adaptée et coopérative affiche sept objectifs atteints sur neuf. Deux indicateurs demeurent sous les seuils visés : la fréquence des accidents du travail et l’intensité carbone. Une publication qui confronte les ambitions d’une entreprise à mission à la réalité de ses activités.
SAPRENA, entreprise adaptée et SCIC tournée vers l’emploi
Le 20 octobre 2026, l’entreprise SAPRENA a publié le premier rapport de mission de son histoire, portant sur l’exercice 2025. L’entreprise avait inscrit sa raison d’être dans ses statuts fin 2024, après une élaboration collective mobilisant salariés associés, clients, fournisseurs et partenaires. Elle entend ainsi rendre compte de trois engagements : créer des emplois inclusifs et durables, préserver la santé et l’épanouissement des équipes, et donner davantage de poids aux enjeux environnementaux dans ses décisions.
L’exercice est plus exigeant qu’un bilan de bonnes pratiques. Chacun des neuf objectifs s’appuie sur un indicateur et une cible, examinés par un comité de mission associant des parties prenantes internes et externes. Les résultats révèlent des avancées en matière d’emploi et de formation, mais aussi des limites persistantes sur la sécurité et la décarbonation. Ils illustrent surtout la difficulté de concilier utilité sociale, santé au travail et solidité économique dans les métiers de services et de sous-traitance.
Implantée historiquement en Loire-Atlantique et forte de 550 salariés, SAPRENA intervient dans la propreté, l’entretien des espaces verts, la restauration collective, le conditionnement, la logistique et la maintenance industrielle. Son modèle repose sur l’emploi en milieu ordinaire de personnes en situation de handicap, avec des postes et des conditions de travail adaptés.
L’entreprise conjugue plusieurs cadres. Elle a adopté le statut de société coopérative d’intérêt collectif, ou SCIC, en 2018, puis celui de société à mission fin 2024. Le premier ouvre la gouvernance aux différentes catégories d’associés, notamment aux salariés volontaires ; le second inscrit des objectifs sociaux et environnementaux dans les statuts et prévoit leur suivi. Une quarantaine de salariés associés avaient notamment contribué à définir la raison d’être, aux côtés d’autres parties prenantes.
Pour financer cette ambition, l’activité doit rester viable. SAPRENA a réalisé 21 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Sa capacité d’autofinancement, indicateur choisi pour suivre la robustesse de l’entreprise, ressort à 5,4%, au-dessus de la cible de 5%. Ce ratio ne constitue toutefois pas une marge bénéficiaire : il renseigne sur une dimension précise de sa capacité à financer son développement.
L’équilibre est mis à l’épreuve. La direction décrit des aides au poste moins abondantes, une concurrence accrue sur les prix et la transformation de certains marchés autrefois réservés aux structures inclusives. En réponse, SAPRENA a renforcé son contrôle de gestion, cherché de nouveaux contrats privés et engagé la diversification de ses prestations, notamment dans les espaces verts et les produits d’hygiène. Cette stratégie s’est prolongée après l’exercice évalué : la reprise de Delta 86, dans la Vienne, en juin 2026, a permis de préserver 56 emplois.
Handicap et formation : des engagements mesurables
L’emploi inclusif représente le premier volet du bilan et ses indicateurs sont au vert. Les personnes disposant d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé constituent 67% des effectifs retenus pour l’indicateur, contre une cible d’au moins 65%. Ce résultat place l’accueil et le maintien en emploi au centre de la performance sociale revendiquée par SAPRENA, sans pour autant résumer à lui seul la qualité des parcours professionnels.
La recherche de candidats passe notamment par des rencontres avec les acteurs de l’emploi et par des mises en situation de travail. SAPRENA indique avoir participé à 17 événements de recrutement et réalisé 59 immersions professionnelles en 2025, débouchant sur 11 recrutements de personnes en situation de handicap : quatre CDI, six CDD et un contrat d’apprentissage. L’entreprise a également réalisé quatre recrutements en mobilité interne pour accompagner l’évolution professionnelle des salariés déjà présents.
Autre résultat supérieur à la cible : les salariés reconnus travailleurs handicapés ont bénéficié de 49% des heures de formation non obligatoires, contre un objectif de 45%. SAPRENA met particulièrement en avant CléA, un dispositif organisé sur le temps de travail et destiné à renforcer la lecture, le calcul, la communication et les compétences numériques. En 2025, 19 collaborateurs ont suivi ce parcours, dont 84% disposaient d’une reconnaissance de travailleur handicapé. Les trois promotions ont représenté 1.075 heures de formation et abouti à sept certifications, précise le rapport de mission. Au-delà des diplômes, l’entreprise rapporte des gains d’autonomie et de confiance chez les participants. Le bilan ne permet cependant pas, à ce stade, de mesurer l’ensemble des évolutions de carrière qui en résulteront.
L’encadrement est lui aussi concerné. SAPRENA fait état de 94 actions de formation, totalisant 556 heures en 2025, dans le cadre d’un parcours de six modules consacrés notamment à l’intégration, au droit social et au handicap en situation professionnelle. L’objectif consiste à mieux adapter le travail aux besoins des personnes, sans réduire la politique d’inclusion au seul recrutement.
SAPRENA face aux enjeux de santé et de gouvernance SCIC
C’est sur la prévention des risques que le premier écart apparaît. Le taux de fréquence des accidents du travail atteint 52,1, contre une cible strictement inférieure à 46. Calculé sur le nombre d’accidents avec arrêt pour un million d’heures travaillées, cet indicateur n’est pas un pourcentage de salariés accidentés. SAPRENA reconnaît une augmentation des accidents déclarés, tout en indiquant que leur gravité a diminué.
Face à ce constat, l’entreprise décrit des accueils sécurité en vidéo lors de l’embauche, des sensibilisations adaptées aux métiers, une actualisation de son document d’évaluation des risques et un nouveau suivi des accidents. Elle veut également améliorer le port des équipements de protection, la vigilance collective et la présence de l’encadrement sur le terrain. L’enjeu dépasse les consignes : les activités se déroulent dans des ateliers, des cuisines, des espaces extérieurs et chez les clients, avec des expositions aux risques très différentes.
Sur la préservation de la santé, SAPRENA franchit en revanche son seuil d’absentéisme. Le taux atteint 12,53% en 2025, en deçà de l’objectif inférieur à 12,68%. La baisse reste limitée. Après une consultation de l’ensemble des salariés, un accord sur la qualité de vie et les conditions de travail a été signé au premier semestre 2026. Un autre accord, conclu en décembre 2025, instaure notamment un jour de carence et adapte certaines modalités d’indemnisation. Leurs effets ne peuvent donc pas être attribués au résultat déjà enregistré en 2025.
La gouvernance coopérative fournit un autre indicateur positif. Quatorze salariés sont devenus associés en 2025 et leur part représente 18,5% des salariés en CDI, au-delà de l’objectif de 18%. Des commissions de travail ont aussi permis à 37 salariés volontaires de contribuer à la vie de la coopérative et aux projets liés à sa mission. Le comité de mission invite toutefois à renforcer les incitations au sociétariat : devenir associé est une première étape, faire vivre durablement la participation en est une autre.
Entreprise à mission : le défi environnemental et les priorités de 2026
Le deuxième objectif manqué concerne le climat. L’intensité carbone atteint 303,7 tonnes de CO2 par million d’euros de chiffre d’affaires, contre une cible inférieure à 282,3. La baisse mesurée depuis 2022 s’établit à 10%, alors que SAPRENA visait 16% sur cette période. Une amélioration de l’intensité ne prouve pas, à elle seule, que le volume total des émissions recule : elle mesure les émissions rapportées à l’activité économique.
Le principal obstacle se situe dans la chaîne de valeur. Le scope 3, qui regroupe notamment les achats, les prestations sous-traitées et les déplacements indirects, représente environ 90% des émissions comptabilisées. L’entreprise a affiné sa méthode de calcul depuis son premier bilan carbone, ce qui améliore l’identification des postes émetteurs mais complique certaines comparaisons. Le comité de mission demande de stabiliser la méthode, de distinguer les émissions directes des émissions indirectes et de quantifier les leviers de réduction.
Des mesures opérationnelles sont déjà engagées. SAPRENA a internalisé le pilotage de son bilan carbone, lancé des plans d’action par activité, réduit sa flotte automobile et travaillé sur la part des produits carnés dans sa restauration collective. En avril 2025, 44 salariés volontaires ont participé à des actions de sensibilisation aux écogestes, selon le rapport. Ces démarches constituent des moyens d’action, sans suffire pour l’instant à atteindre l’objectif global de décarbonation.
Les achats responsables affichent un résultat plus favorable. La moitié des fournisseurs stratégiques disposent d’une évaluation EcoVadis ou d’une certification RSE, conformément à la cible de 50%, peut-on lire dans le rapport annuel. Le groupe suivi rassemble environ 60 à 65 fournisseurs, représentant 62% du volume d’achats. Une charte dédiée comptait également 27 signataires à la fin de 2025. Le déploiement de ces outils devra désormais se traduire par des réductions d’émissions mieux documentées, particulièrement chez les partenaires les plus importants.
Enfin, l’objectif consacré aux nouvelles activités écologiques est lui aussi classé parmi les réussites, mais son niveau d’exigence était différent : il s’agissait de lancer une réflexion. Celle-ci a commencé en octobre 2025 autour d’une offre de gestion différenciée des espaces verts, avec l’appui d’Open Lande. SAPRENA explore également la réduction du plastique, le réemploi et l’écoconception dans le conditionnement. Le bénéfice écologique de ces futurs services reste encore à démontrer.
Le comité de mission émet un avis globalement favorable sur ce premier exercice, tout en insistant sur la nécessité de transformer les actions en résultats vérifiables. Il estime que « SAPRENA reste, pour le Comité, un lieu d’expérimentation sociale ». Marc Marhadour, président de l’entreprise, souligne de son côté : « Ce premier rapport dit ce qui avance et ce qui ne va pas encore. C’est cette lucidité qui rend notre mission crédible ». Pour la suite de l’exercice 2026, les priorités annoncées portent sur la solidité économique, la santé et la gouvernance, ainsi que sur la fiabilité de la mesure des émissions indirectes.


