La façon dont l’eau est gérée en France se trouve maintenant sous les projecteurs à la lumière des récentes projections du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan. Une note publiée le mercredi 25 juin nous avertit que ce que nous avons vécu l’été 2022 pourrait bien devenir notre quotidien si on ne change pas radicalement les choses. Ce problème ne se limite pas au seul approvisionnement en eau, il touche aussi des secteurs comme l’agriculture et l’énergie, et demande une gestion de l’eau coordonnée sur tout le territoire.
Des prévisions qui font réfléchir
D’après les estimations, d’ici 2050, jusqu’à 88 % du territoire français pourrait être soumis à des restrictions modérées ou sévères sur les prélèvements d’eau en été. En 2022, déjà 86 % du territoire était concerné par des restrictions d’eau. Un scénario de rupture, qui impliquerait des changements majeurs dans la gestion actuelle, verrait cette proportion tomber à 64 %. Les bassins-versants ne sont pas en reste : près de 90 % d’entre eux pourraient connaître une dégradation de leur situation hydrique entre 2020 et 2050. En adoptant des mesures fortes, cette dégradation pourrait être limitée à environ la moitié des bassins.
Hélène Arambourou, coautrice de la note, explique : « Si la France ne modifie pas ses pratiques de gestion de l’eau ou se contente des dernières mesures prises en août, en plein été, on risque de voir près de 90 % des bassins-versants se détériorer entre 2020 et 2050. »
Un impact sur l’environnement et nos activités
Les répercussions pourraient être multiples. Des restrictions, qui toucheraient aussi bien les particuliers que les secteurs agricoles et industriels, pourraient s’appliquer sur presque tout le territoire. Le sud-ouest et le sud-est de la France seraient particulièrement affectés par ces tensions récurrentes. Même en cas de printemps-été humide, près de la moitié des bassins-versants pourraient peiner à répondre aux besoins environnementaux pendant au moins un mois par an d’ici 2050.
Dans ces régions, les écosystèmes pourraient subir un stress annuel régulier, ce qui risquerait de peser sur la biodiversité locale. Pour atténuer ces effets, il est conseillé de prendre soin et de restaurer les milieux naturels en diversifiant les habitats.
Des pistes pour demain
Plusieurs idées ont été évoquées pour faire face à cette situation préoccupante. Parmi elles, on trouve :
- la régulation par les pouvoirs publics de l’expansion des surfaces équipées en irrigation
- le développement de pratiques agricoles durables pour mieux retenir l’eau dans les sols
Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, résume la situation : « Pour faire simple, ce qu’on a vécu en 2022 va devenir la norme en 2050 avec le réchauffement et les tensions sur la ressource. »
D’autres solutions proposées concernent la réutilisation de l’eau dans le secteur résidentiel et une réduction drastique (80 %) de la production nucléaire dans le domaine de l’énergie, le tout dans une logique de sobriété dans l’ensemble des secteurs économiques.
Se bouger tous ensemble
Les études Explore 2 et celle de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) soulignent ces enjeux pour les années à venir. Une cartographie détaillée des prélèvements d’eau sera disponible en avril 2024, ce qui devrait nous aider à mieux comprendre la donne.








