Le 9 janvier 2026, Oxfam publie une analyse consacrée à la consommation de carbone des ménages les plus aisés à l’échelle mondiale. L’ONG y montre que les 1 % les plus riches ont déjà consommé, en quelques jours, l’ensemble du budget carbone annuel compatible avec l’objectif climatique de +1,5 °C. Cette publication s’inscrit dans un contexte où les stratégies RSE cherchent à mieux intégrer les enjeux d’équité, de climat et de gouvernance économique.
Carbone et niveaux de revenus : une répartition très asymétrique
Les données compilées par Oxfam montrent que la contribution au carbone mondial varie fortement selon le niveau de richesse. Selon l’ONG, les 1 % les plus riches ont épuisé leur budget carbone annuel pour 2026 en dix jours seulement, tandis que les 0,1 % les plus riches y sont parvenus en trois jours. Ces calculs reposent sur une allocation théorique du budget carbone mondial compatible avec les objectifs climatiques internationaux, rapportée aux émissions moyennes par groupe de revenus.
À titre de comparaison, la situation française offre un point de repère utile. L’empreinte carbone moyenne d’un habitant de la France est estimée à environ 9,4 tonnes de CO₂ équivalent par an pour l’année 2023, en tenant compte des émissions importées. En parallèle, les émissions territoriales, c’est-à-dire produites sur le sol national, s’élèvent à environ 5,9 tonnes par personne. Oxfam estime qu’un individu appartenant au 1 % mondial génère en moyenne plus de 75 tonnes de CO₂ par an. Selon l’indicateur retenu, cela représente un niveau d’émissions environ huit à treize fois supérieur à celui d’un Français moyen, ce qui illustre l’ampleur de l’écart entre groupes sociaux.
Climat et impacts socio-économiques : des effets concentrés et diffus
Au-delà des volumes de carbone émis, Oxfam met en avant les conséquences associées à cette concentration des émissions. Selon l’organisation, les émissions annuelles du 1 % le plus riche pourraient contribuer à environ 1,3 million de décès liés à la chaleur d’ici la fin du siècle. Ces impacts sanitaires concernent principalement des régions et des populations qui ont historiquement peu contribué au changement climatique.
Sur le plan économique, Oxfam évalue à environ 44 000 milliards de dollars les pertes potentielles pour les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2050, liées aux effets climatiques imputables aux émissions excessives des plus hauts revenus.
Gouvernance, investissements et responsabilité climatique
L’analyse d’Oxfam souligne également que la consommation de carbone des plus riches ne se limite pas aux usages directs, comme les transports ou l’habitat. Une part significative des émissions est liée aux investissements financiers. Selon les données citées par l’ONG, un milliardaire est indirectement associé, via ses portefeuilles d’actifs, à environ 1,9 million de tonnes de CO₂ par an.
Dans cette perspective, Oxfam estime qu’une réduction d’environ 97 % des émissions serait nécessaire pour que les 1 % les plus riches respectent une trajectoire compatible avec l’objectif de +1,5 °C d’ici 2030. Pour les entreprises engagées dans des stratégies RSE, ces constats interrogent les leviers de gouvernance, de transparence et de reporting climatique. Ils soulignent aussi l’importance d’aligner les politiques d’investissement, de rémunération et de croissance sur des objectifs climatiques mesurables et cohérents.








