Des chercheurs français se lancent dans une aventure ambitieuse : exploiter l’hydrogène naturel, cette ressource énergétique prometteuse cachée dans le sous-sol lorrain. Ce projet pourrait bien transformer le paysage énergétique et économique de la région et même au-delà. Contrairement aux idées reçues sur l’hydrogène comme énergie de demain, ici il s’agit d’un hydrogène déjà présent, dissous dans l’eau souterraine.
Un projet ancré dans le bassin sarro-lorrain
Le projet Regalor, qui signifie « Ressources gazières de Lorraine », se déroule au cœur du bassin carbonifère sarro-lorrain. Les travaux se concentrent principalement à Pontpierre (57), avec quelques opérations à Folschviller. Cette situation géographique permet aux chercheurs d’examiner de vastes réserves d’hydrogène dissous dans le sous-sol.
L’hydrogène naturel se trouve dans des roches poreuses, ce qui le rend différent de la recherche classique de gaz, habituellement tournée vers des poches spécifiques. Jacques Pironon, directeur de recherche émérite au CNRS, commente à la rédaction de Futura Science : « Quand on cherche du gaz dans le sous-sol, en général, on cible des poches. Ici, nous avons affaire à un réservoir bien différent de ceux que l’on exploite traditionnellement. »
Une technique innovante pour une extraction durable
Pour récupérer cet hydrogène dissous, les chercheurs ont mis au point une sonde toute nouvelle capable de mesurer les concentrations de gaz directement dans le sous-sol. La sonde s’appuie sur une membrane semi-perméable inspirée du Gore-Tex qui laisse passer les gaz tout en retenant l’eau. Cette technologie doit supporter des pressions élevées, entre 100 et 200 bars, ce qui a amené au dépôt d’un brevet européen.
Philippe De Donato, directeur de recherche au CNRS, explique : « Personne dans le monde n’a encore mis au point une technique adaptée à l’exploitation du gaz dissous […] Grâce à cette méthode, nous pourrons extraire le gaz sans intervenir sur l’eau ni sur les roches. » Cette innovation pourrait bien bouleverser les méthodes actuelles une fois confirmée.
Les avancées et ambitions du projet Regalor II
Il y a un an, la deuxième phase du projet Regalor a démarré avec pour objectif principal de forer jusqu’à 4 000 mètres de profondeur. L’idée, c’est de vérifier les modélisations qui prévoient une concentration en hydrogène de 76 % dès 3 000 mètres. Ce volet du projet bénéficie d’un financement important de l’Europe et de la région Grand Est.
Une usine d’exploitation est prévue sur le site de Pontpierre, avec une mise sur le marché espérée entre 2029 et 2030. Yann Fouant, directeur de projets à la Française de l’Énergie (FDE), affirme : « L’hydrogène est bel et bien présent dans le sous-sol lorrain. Maintenant, il ne s’agit plus de le dénicher, mais de trouver les meilleures manières de le valoriser. »
Des partenariats solides et des répercussions géopolitiques
La réussite de ce projet repose sur une étroite collaboration entre plusieurs acteurs majeurs. La Française de l’Énergie (FDE) supervise les travaux miniers et Solexperts s’occupe du développement du système de mesure en profondeur. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) met à disposition des données précises sur le sous-sol.
Du côté académique, des contributions viennent du CNRS et de l’université de Lorraine. Par ailleurs, des entreprises telles que Saint-Gobain et Teréga apportent leur savoir-faire technique. Un Comité d’orientation stratégique réunit des industriels de renom comme Airbus et Renault Group, soulignant les enjeux économiques notables liés à cette ressource.
Exploiter localement une source renouvelable comme celle-ci pourrait, de plus, modifier les rapports de force sur la scène énergétique en limitant la dépendance vis-à-vis des importations.








