Le marché du recyclage en France confirme son redressement en 2024. Selon l’Observatoire publié par FEDERREC, la filière a généré 11,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et collecté près de 48 millions de tonnes de déchets. Derrière ces résultats se dessine un secteur stratégique, à la fois moteur économique et pilier environnemental, engagé dans la décarbonation du pays et la souveraineté industrielle.
Un redressement économique solide, malgré un contexte incertain
En 2024, le marché français du recyclage a retrouvé des couleurs. Après plusieurs années de turbulences liées à la pandémie et aux crises géopolitiques, la filière se consolide et investit massivement dans l’innovation et la collecte. D’après les chiffres publiés par FEDERREC, la valeur du marché atteint 11,5 milliards d’euros, soutenue par 725 millions d’euros d’investissements — soit 6,3% du chiffre d’affaires global. Une performance qui témoigne de la résilience d’un écosystème constitué à 77% de TPE et PME, mais aussi de son rôle central dans l’économie circulaire et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
En 2024, la collecte globale a atteint 47,7 millions de tonnes, en hausse de 1,6% par rapport à 2023. Cette croissance s’appuie sur la vitalité de plusieurs filières : les métaux non ferreux progressent de 2,7%, les plastiques de 1,9%, les bois de 4,7% et les textiles de 7,9%. À l’inverse, la collecte de papiers-cartons chute de 5,5%, reflétant la baisse structurelle des usages graphiques. La filière démontre ainsi sa capacité à maintenir le cap dans un environnement marqué par la volatilité des matières premières et l’avalanche de réglementations européennes. Selon François Excoffier, président de FEDERREC, « le recyclage n’est pas une activité annexe, mais une véritable industrie de souveraineté qui garantit à la France l’accès à des matières premières issues de ses propres ressources ».
Au-delà des volumes, les emplois sont au rendez-vous. Le secteur compte 35.000 salariés et plus de 1.200 entreprises, réparties sur 2.450 sites en France. 89% des contrats sont en CDI, soulignant la stabilité d’un tissu industriel profondément ancré dans les territoires. Pour Manuel Burnand, le directeur général de FEDERREC, « le recyclage est le socle qui, avec la réduction des déchets et le développement du réemploi, permettra de bâtir une économie circulaire robuste ».
Un levier environnemental majeur pour la décarbonation française
Si les performances économiques sont encourageantes, l’impact écologique du recyclage s’affirme tout autant. En 2024, la filière a permis d’éviter 106 TWh de consommation d’énergie primaire, soit 2,3 fois la production d’électricité du parc éolien français la même année. Les matières premières issues du recyclage (MPiR) représentent 39 millions de tonnes de ressources secondaires réinjectées dans l’économie, limitant ainsi l’extraction de matières vierges.
Ces gains environnementaux s’expliquent par la montée en puissance de filières performantes. Dans le domaine du verre, la demande nationale absorbe 93% du calcin produit, tandis que les débouchés à l’export vers l’Espagne et l’Italie permettent d’équilibrer les volumes.
Le bâtiment, bien que fragilisé par une activité en baisse de 6,6%, alimente la production de combustibles solides de récupération (CSR), dont la consommation a bondi de 8,9%. Selon une étude réalisée pour l’ADEME, ces CSR pourraient détourner jusqu’à 6,7 millions de tonnes de déchets de l’enfouissement et réduire les émissions de CO₂ de 3 millions de tonnes.
Le recyclage des plastiques, quant à lui, continue de progresser malgré une concurrence accrue du plastique vierge, favorisée par la baisse du prix du pétrole. « Sans obligations d’incorporation renforcées, le recyclé restera en position de faiblesse », avertit Olivier Thomas, le président de FEDERREC Plastiques. De la même manière, la filière DEEE (déchets électriques et électroniques) affiche un taux de recyclage de 78%, confirmant la valeur stratégique de ces matières premières critiques.
Au total, ces performances environnementales démontrent que le recyclage n’est plus seulement un geste citoyen : il constitue désormais un instrument industriel de décarbonation, au service de la souveraineté énergétique et des objectifs climatiques de la France.
Un secteur en mutation qui prépare déjà l’avenir
Derrière les chiffres, c’est toute une industrie qui s’adapte. Les 725 millions d’euros investis en 2024 traduisent une dynamique d’innovation, notamment dans la traçabilité, la numérisation et la valorisation locale des matières. La montée en puissance des réglementations européennes – qu’il s’agisse du règlement sur les batteries, de l’écoconception ou des emballages – pousse les entreprises à anticiper de nouvelles normes de transparence et de circularité. Dans cette transformation, FEDERREC s’impose comme un acteur fédérateur. Son réseau de douze filières accompagne les entreprises dans la transition vers des modèles plus résilients, tout en plaidant pour un cadre réglementaire stable et cohérent. « Transformer les contraintes en opportunités et permettre à nos adhérents de rester compétitifs tout en répondant aux attentes environnementales et sociales, telle est notre mission », résume Manuel Burnand, le directeur général.
La dimension sociale n’est pas en reste : avec la création de l’École nationale du recyclage et de la ressource (EN2R), la fédération forme les salariés aux nouvelles exigences technologiques, de la robotisation à la gestion de flux complexes. Ces initiatives renforcent la compétitivité et la valeur ajoutée environnementale de la filière française, en lien direct avec les territoires.
Enfin, les perspectives 2025-2026 placent la souveraineté industrielle au cœur de la stratégie. Les métaux ferreux, non ferreux et les DEEE seront les piliers d’un modèle européen de matières premières recyclées capable de couvrir jusqu’à 25% des besoins en métaux critiques.







