L’alliance stratégique Aukus, qui réunit l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, fait grand bruit dans le monde entier grâce à ses effets potentiels sur la sécurité nucléaire. Grâce à cet accord, l’Australie pourra se doter de huit sous-marins nucléaires, un projet ambitieux qui soulève de vives interrogations sur la gestion des déchets radioactifs. Avec un montant avoisinant 368 milliards de dollars, cette opération de grande envergure se profile à un moment où le pays doit encore mettre au point une méthode claire pour traiter les déchets issus de ces installations.
Les défis pour gérer les déchets nucléaires
L’un des soucis majeurs de l’Australie réside dans l’absence d’un plan de stockage pour les déchets générés par ces sous-marins. Signataire du traité de non-prolifération, le pays n’a pas l’habitude de gérer des déchets à haute activité. En 2023, on avait évoqué l’idée de les stocker sur des terrains militaires, mais aucun emplacement précis n’a été choisi à ce jour. Par ailleurs, ni consultation publique ni financement n’ont encore été mis en place pour accompagner ce projet.
Le pays porte la responsabilité non seulement de stocker, mais aussi d’éliminer et d’évacuer ces déchets. Contrairement à d’autres déchets, ceux-ci ne peuvent pas être exportés, ce qui complique encore davantage la donne.
Pérennité et conséquences sur le long terme
Les sous-marins nucléaires peuvent fonctionner pendant environ trente ans. Toutefois, leurs déchets restent dangereux pendant plusieurs millénaires. Par exemple, la Finlande est en train de construire un dépôt souterrain prévu pour durer 100 000 ans afin de garantir la sécurité sur très longue durée. En Australie, la production des déchets commencera dès les années 2050. Pour chaque sous-marin hors service, on parlera d’un compartiment réacteur et de composants dont la taille est comparable à celle d’un 4×4, alors que le combustible nucléaire usé occupe la place d’une petite voiture à hayon.
Problèmes de sécurité et critiques
Ian Lowe, spécialiste en sciences environnementales, a parlé en termes très forts de la méthode actuelle de stockage des déchets radioactifs immergés en Australie, allant jusqu’à la qualifier de « désastre ». Il met en avant que les déchets des sous-marins sont particulièrement dangereux et bien plus difficiles à gérer que ceux de faible ou moyenne activité. Le combustible hautement enrichi (HEU) utilisé représente aussi un sérieux problème, notamment en cas de fuite ou de détournement, ce qui demande une surveillance quasi permanente.
Le Royaume-Uni et les États-Unis offrent des exemples concrets. Au Royaume-Uni, par exemple, les carcasses de sous-marins comme le HMS Dreadnought sont entreposées à Rosyth Harbour depuis leur mise hors service, avec un coût de maintenance dépassant les 30 millions de livres par an. Aux États-Unis, on compte plus de 100 réacteurs contaminés dans une fosse ouverte à Hanford, un site qui a déjà connu de sérieux soucis de pollution radioactive.
Les défis particuliers pour l’Australie
La situation en Australie s’annonce très complexe : il faut gérer des volumes conséquents de déchets (le compartiment du réacteur ayant la taille d’un 4×4) tout en évitant toute prolifération nucléaire liée au HEU. Le manque persistant d’un site définitif pour le stockage reste un frein majeur, aggravé par l’opposition locale qui a déjà fait échouer plusieurs projets gouvernementaux.
Des voix telles que celle de Dave Sweeney, de la Fondation australienne pour la conservation, mettent en garde contre une expansion nucléaire en Australie, la présentant comme un vrai « cheval de Troie ». Ces mises en garde portent sur les répercussions sur les générations futures si aucune solution satisfaisante n’est trouvée rapidement.








