79% des entreprises industrielles françaises se sont déjà engagées dans une démarche formalisée de décarbonation, un pourcentage assez élevé, mais qui reste toujours inférieur à celui de nos voisins britanniques, apprend-on d’un sondage OpinionWay pour Equans.
Décarbonation : l’intention unanime, l’action inégale
94% des dirigeants industriels européens estiment que la décarbonation est compatible avec leur activité. Une unanimité qui sonne presque comme une incantation. Car si les convictions affichées sont massives, leur traduction concrète l’est beaucoup moins : seulement 43% des entreprises ont effectivement mis en œuvre des mesures de décarbonation.
Le décalage est criant entre pays. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas mènent la danse : 94% des entreprises britanniques engagées dans une démarche formalisée, contre 79% en France et à peine 30% aux Pays-Bas ayant réellement déployé des mesures. À croire que dans certains pays, l’enthousiasme rhétorique supplante la rigueur opérationnelle.
Entre élan collectif et solitude structurelle
L’étude révèle un paradoxe troublant : si 78% des entreprises déclarent s’inscrire dans une démarche de décarbonation collective via leur écosystème, elles identifient pourtant les obstacles comme étant majoritairement internes ou structurels.
Le premier frein cité ? La complexité des solutions existantes (32% au niveau européen), suivie de près par le coût des investissements (27%). Des freins qui varient sensiblement selon les pays : au Royaume-Uni, c’est la chaîne d’approvisionnement en énergies bas carbone qui inquiète (38%), tandis qu’en France, on cumule coûts (30%), complexité (27%) et incertitude réglementaire (25%).
Dans les secteurs comme l’agroalimentaire, la confiance dans la faisabilité est forte. À l’inverse, les entreprises high-tech se montrent nettement plus sceptiques, allant jusqu’à qualifier l’effort de décarbonation de « chimère » pour 61% des dirigeants.
L’engagement des dirigeants apparaît comme le moteur principal de la décarbonation
Les dirigeants eux-mêmes sont identifiés comme les premiers moteurs de l’action : 44% des répondants citent leurs convictions environnementales comme facteur déclencheur principal. Loin derrière arrivent les incitations publiques (39%), puis les pressions concurrentielles ou les exigences des clients et investisseurs.
En France, cette dynamique est encore plus marquée : 49% des décideurs attribuent le passage à l’acte à l’initiative managériale, contre seulement 28% à une quelconque aide de l’État.
Des mesures concrètes, mais encore marginales
L’énergie solaire et les solutions de stockage figurent en tête des technologies adoptées par les entreprises engagées, suivies par les pompes à chaleur (54%) et la géothermie (35%). Mais ces investissements restent concentrés dans les plus grandes structures.
En termes de stratégie, les piliers les plus fréquemment cités sont l’efficacité énergétique (57%) et la circularité des ressources (52%). Le Royaume-Uni excelle sur le premier point (74%), tandis que la Belgique domine sur le second (73%).
La décarbonation s’incarne aussi par l’électrification des procédés industriels, le recours au captage de CO₂, l’éco-conception des produits ou encore la rénovation thermique des bâtiments. Pourtant, seules 10% des entreprises affirment avoir finalisé leur transition bas carbone.
Quand la politique s’en mêle… et ralentit tout
Fait alarmant : 59% des dirigeants européens considèrent que « les discours politiques récents appelant à ralentir la transition freinent leur action ». Un chiffre qui grimpe à 66% aux Pays-Bas et 65% au Royaume-Uni. En France, cette perception reste significative (52%), preuve que la volatilité des injonctions politiques peut désorienter même les plus motivés.
Comme le constate Jérôme Stubler, PDG d’Equans : « Les PME et ETI innovent à tous les niveaux […]. Elles avancent, mais réduisent leurs ambitions faute de clarté sur la réglementation, sur les prix de l’électricité, sur les aides disponibles ».








