Charles Buhler, spécialiste en électrostatique et fondateur d’Exodus Propulsion Technologies, affirme dans un entretien accordé à The Debrief que le message le plus important à transmettre au public est qu’une découverte majeure a eu lieu. Il attribue cette avancée à ce qu’il appelle une New Force : des champs électriques, selon lui, suffiraient à produire une poussée durable sur un objet, sans expulser la moindre matière, assez puissante pour contrer la gravité terrestre.
Buhler connaît bien la NASA. Il a contribué à créer l’Electrostatics and Surface Physics Laboratory au Kennedy Space Center, en Floride, où il a travaillé sur la sécurité des décharges électrostatiques pour la navette spatiale, la Station spatiale internationale et le télescope Hubble. Mais le travail mené sous la bannière d’Exodus, société privée basée à Titusville, est sans lien avec l’agence spatiale américaine. Buhler lui-même insiste sur ce point.
Son explication tient dans une formule technique : il explique qu’essentiellement, ce qu’ils ont découvert, c’est que des systèmes présentant une asymétrie de pression électrostatique ou une forme de champ électrostatique divergent peuvent conférer à un système une composante de force non nulle sur son centre de masse.
Un dispositif à neuf pales sous 40 000 volts
L’appareil testé compte neuf pales d’environ 10 centimètres, recouvertes de peinture conductrice et scellées dans une résine époxy haute tension. Placé dans un sac plastique pour écarter tout vent ionique, posé sur un support en mousse et relié à un dynamomètre, il était alimenté par une source capable de délivrer jusqu’à 40 000 volts.
L’équipe a aussi retourné l’appareil à 180 degrés dans une boîte mise à la terre, pour écarter une attraction des parois. Résultat annoncé : une poussée moyenne de 237 millinewtons, soit le poids de 24 grammes.
Buhler a expliqué, dans un entretien accordé à Tim Ventura, cofondateur de l’Alternative Propulsion Energy Conference (APEC), qu’on charge simplement du Téflon, du ruban de cuivre et de la mousse, pour obtenir cette poussée. Le dispositif fait l’objet d’une demande de brevet international déposée en 2019 par Buhler et Andrew Aurigema, cofondateurs d’Exodus.
En novembre 2023, selon Buhler, un drive propulsé par cette force aurait généré assez de poussée pour surmonter la gravité terrestre. L’équipe a depuis multiplié les essais : dans un entretien de mars 2026, Buhler a indiqué avoir mené environ 2 000 expériences en chambre à vide, et mentionne des effets comme une poussée qui persisterait après la coupure de l’alimentation électrique.
Exodus est entré dans une phase davantage orientée vers les investisseurs. Lors de la Deep Tech Week à New York, l’entreprise a organisé un événement de rencontre le 4 avril 2026, invitant physiciens et investisseurs à échanger sur la technologie et à rencontrer Buhler en tant que fondateur et PDG.
En mai 2026, pourtant, aucun laboratoire extérieur n’avait publié de réplication utilisant son propre appareillage, ses propres instruments et son propre budget d’incertitude. Le profil qu’APEC consacre à Buhler identifie justement cette réplication indépendante comme le principal problème non résolu.
La norme fixée par la communauté exige un protocole documenté, un budget d’incertitude et une reproduction de la force par des laboratoires externes dans des conditions contrôlées, pas une vidéo convaincante ni une description de conférence attrayante.
Le précédent de l’EmDrive, qui n’a pas résisté aux tests
Ce type de promesse n’est pas sans précédent. L’EmDrive, dispositif imaginé en 2001 par l’ingénieur britannique Roger Shawyer et censé produire une poussée sans rien éjecter vers l’arrière, avait lui aussi suscité des signaux jugés tentants, dont une mesure de poussée rapportée par l’équipe Eagleworks de la NASA en 2016.
En 2021, des travaux menés à l’Université technique de Dresde n’ont trouvé aucune poussée issue du dispositif, devenu depuis un exemple des risques liés aux forces minuscules et au bruit expérimental.
L’histoire des drives sans propulseur montre que des résultats initialement prometteurs finissent souvent par s’effondrer face à un examen scientifique rigoureux. Il n’est pas impossible que Buhler et son équipe aient mis le doigt sur une anomalie physique inconnue, mais ce scénario reste extrêmement improbable.
Buhler lui-même en convient : il reconnaît que c’est très difficile à concilier, d’un point de vue scientifique, car cela semble violer un grand nombre de lois de l’énergie qu’ils connaissent.

