Une étude internationale, cosignée par des chercheurs de 14 pays, a été publiée le 30 septembre 2026 dans la revue Nature Reviews Earth & Environment. Elle constitue le premier état des lieux complet du bassin sous-glaciaire de Wilkes, une étendue de glace de l’Antarctique oriental mesurant 1 400 km sur 400 km.
Personne, à la connaissance des auteurs, n’a jamais mis les pieds sur cette calotte. Si elle venait à fondre entièrement, elle ferait grimper le niveau moyen des océans de 3 à 4 mètres. Problème : les données disponibles sont trop lacunaires pour dire quand ce scénario pourrait se produire.
Matt King, professeur à l’Université de Tasmanie et premier auteur de l’étude, résume l’ampleur du vide documentaire en indiquant que l’on ne dispose pratiquement d’aucune information sur les conditions océaniques susceptibles d’alimenter la fonte à l’avenir. Sous la glace, le socle rocheux plonge à plus de 2 000 mètres sous le niveau de la mer, une configuration qui rend le bassin vulnérable à l’intrusion d’eaux chaudes, à l’image des glaciers de l’Antarctique ouest.
Un glacier qu’aucun navire n’a jamais approché
Le glacier Cook, dans la terre de Wilkes au sud de l’Australie, est la principale voie par laquelle la glace du bassin s’écoule vers l’océan Austral. Il déverse actuellement environ 40 milliards de tonnes de glace par an dans la mer, un rythme qui s’accélère depuis les années 1990.
Sa banquise est si épaisse qu’aucun navire de recherche ne s’en est jamais approché à moins de 150 kilomètres du front glaciaire. Il n’existe à ce jour aucune cartographie in situ des fonds marins qui le bordent.
Des carottages sédimentaires réalisés au large de la terre de Wilkes, lors de l’expédition 318 du programme international de forage océanique en 2010, ont pourtant révélé que la calotte s’était déjà retirée de plusieurs centaines de kilomètres vers l’intérieur du continent.
Ces épisodes se sont produits au Pliocène moyen, il y a environ trois millions d’années, puis lors du Pléistocène tardif, chaque fois que les températures antarctiques dépassaient les niveaux préindustriels d’au moins 2 °C pendant au moins 2 500 ans. Or les projections du GIEC situent un tel écart aux alentours de 2070-2100.
Le mécanisme redouté tient à la forme même du socle rocheux, qui s’enfonce en pente vers l’intérieur des terres. En reculant, le front glaciaire expose une glace toujours plus épaisse à l’eau chaude s’engouffrant par en dessous, ce qui accélère le recul suivant. Une fois enclenchée, cette boucle ne pourrait plus être stoppée.
Les conséquences d’une fonte totale toucheraient des centaines de millions de personnes. Les grands deltas fluviaux, comme ceux du Nil, du Gange et du Mékong, seraient en partie submergés. Des métropoles telles que Shanghai, Mumbai, Miami, New York ou Amsterdam deviendraient en partie inhabitables. Les nations insulaires du Pacifique, Tuvalu, Kiribati, les Îles Marshall et Tokelau, disparaîtraient sous les eaux.
Les auteurs appellent à organiser d’urgence une campagne internationale de cartographie et d’observation du bassin. Une telle opération logistique nécessiterait plusieurs navires brise-glace mobilisés durant au moins cinq, voire dix ans. Même dans le scénario le plus optimiste, les premières données exploitables n’arriveraient pas avant la prochaine décennie.
Le bassin fut identifié dès 1959-1960 lors de la traversée américaine de la terre Victoria, mais sa topographie n’a pu être réellement cartographiée que dans les années 2010. L’attention des glaciologues s’était jusque-là presque entièrement portée sur l’Antarctique ouest, jugé particulièrement vulnérable, comme l’ont montré les travaux sur les glaciers Hektoria, Thwaites et Pine Island.
« Les preuves léguées par les périodes de réchauffement passées sonnent comme un avertissement : c’est une région qu’il nous faut impérativement mieux comprendre », insiste Matt King, qui ajoute qu’il est pourtant bien difficile de trouver un chercheur en activité qui s’y soit réellement rendu.




