Reprise fragile pour Le Relais : et si c’était la fin d’un modèle solidaire ?

Le Relais relance ses collectes de textiles dans une ambiance fragile.

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Reprise fragile pour Le Relais : et si c’était la fin d’un modèle solidaire ?
Reprise fragile pour Le Relais : et si c’était la fin d’un modèle solidaire ? © RSE Magazine

Après une pause, Le Relais a remis en marche la collecte de vêtements et chaussures usagés. L’arrêt, qui a duré un peu plus d’une semaine et débuté le 15 juillet, était une manière de faire entendre leurs revendications auprès du gouvernement pour obtenir plus de moyens de recyclage des textiles. Le retour se fait dans une ambiance incertaine, les responsables qualifiant la situation de « très fragile ».

Une reprise dans la mouise

Les conteneurs étaient complètement remplis après dix jours d’inactivité, d’où la suspension de collectes. La reprise a eu lieu le 24 juillet dans plusieurs régions françaises : Loiret, Loire-Atlantique, Vendée, Creuse, Bretagne, Haute-Vienne, Corrèze et Bourgogne. On demande aux Français de ne pas se précipiter pour déposer leurs vêtements, mais plutôt de les garder chez eux afin d’éviter de saturer à nouveau les installations.

Pascal Milleville, directeur du Relais en Bretagne, explique : « On redémarre dans des conditions très fragiles, pas sereines, mais on nous offre trois à quatre mois de perspectives pour continuer à discuter de l’avenir de la filière. »

Les enjeux économiques et la fast fashion

La suspension des collectes avait pour but de mettre en lumière la situation financière tendue du Relais. L’essor de la fast fashion, qui inonde le marché de vêtements souvent de moindre qualité, surcharge la filière textile en France, augmentant son impact environnemental. Les enseignes comme Shein ou Primark sont pointées du doigt, ce qui souligne la nécessité d’une régulation de la fast fashion, leurs produits constitués majoritairement de polyester rescapant difficilement le recyclage contribuent à la pollution des océans.

Face aux revendications du Relais, le gouvernement a accepté de revoir à la hausse la réglementation textile : actuellement à 156 euros par tonne, elle passera à 223 euros en 2025 puis à 228 euros en 2026. Par ailleurs, un soutien financier immédiat de 15 millions d’euros a été débloqué par Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique.

Le renforcement du principe « pollueur-payeur »

Selon ce principe, les fabricants et distributeurs sont responsables de la fin de vie des produits qu’ils commercialisent. Une contribution est alors ajoutée à chaque article vendu pour financer sa collecte et son traitement. Refashion, l’éco-organisme en charge de récolter ces contributions, les redistribue aux acteurs qui trient les vêtements usagés.

Emmanuel Pilloy, président du Relais, constate que même si cette mesure est « une belle avancée », elle reste insuffisante face aux défis posés par l’ultra fast fashion : « C’est un peu un cri d’alerte avant de mourir ».

Et si on trouvait une solution sur le long terme ?

Créé en 1984 par une communauté Emmaüs du Pas-de-Calais, Le Relais exploite aujourd’hui environ 22 000 conteneurs. Cependant, avec près de 2 000 emplois en jeu, il est indispensable que les discussions continuent pour assurer la viabilité économique et environnementale du secteur textile en France.

L’évolution vers une éco-contribution plus équitable pourrait constituer une solution durable. Actuellement, cette contribution ne représente que 0,03 euro par article vendu (dont seulement 0,008 euro est reversé). Selon Le Relais, ce montant devrait être augmenté jusqu’à 304 euros par tonne traitée pour soutenir réellement l’ensemble de la filière.

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