Pendant des décennies, le petit électroménager a été traité comme un secteur périphérique : faible intensité carbone par unité produite, produits relativement simples, cycles d’innovation rapides. Mais en cumulant plusieurs millions d’unités par an, la réalité est tout autre. La fabrication de métal, les composants électroniques, la logistique internationale, la consommation d’électricité sur dix ou quinze ans d’usage… l’impact est loin d’être négligeable.
Quand l’industrie du quotidien découvre le “scope 3”
Le vrai tournant est venu avec la généralisation des bilans carbone complets intégrant le scope 3. Pour la première fois, les industriels ont dû mesurer ce qu’ils ne contrôlaient pas directement l’extraction et transformation des métaux, la fabrication des composants, le transport maritime et routier, l’utilisation des appareils par les consommateurs, la fin de vie, recyclage ou mise en décharge. Pour un appareil de cuisine, 70 à 90 % des émissions se situent précisément là : en amont et en aval de l’usine. C’est ce qui explique pourquoi les engagements de réduction d’émissions ne peuvent plus se limiter à “verdir” l’électricité des sites ou optimiser quelques machines. Ils obligent à repenser toute la chaîne de valeur.
L’exemple de la cuisine : un secteur petit… mais immense
Contrairement aux idées reçues, la cuisine domestique est l’un des domaines où les décisions industrielles peuvent avoir un impact massif. Parce que les volumes sont colossaux : poêles, casseroles, bouilloires, cafetières, multicuiseurs, friteuses à air… Ces objets sont omniprésents, et souvent renouvelés trop rapidement. Résultat : lorsqu’un acteur comme le Groupe Seb remplace 10 % de métal primaire par du métal recyclé sur une gamme, l’effet peut être plus significatif qu’une innovation dans un secteur industriel de niche. De même, lorsqu’un programme “réparable 15 ans” prolonge la durée de vie d’un appareil de trois ou quatre ans en moyenne, cela représente des milliers de tonnes de matières évitées.
Décarboner les usines : nécessaire mais insuffisant
Les sites industriels restent un pilier de la trajectoire climat. Dans plusieurs usines européennes de cuisson, les fours ont été modernisés, l’air comprimé optimisé, la récupération de chaleur généralisée. Certaines lignes ont été robotisées pour réduire les pertes, et des panneaux solaires couvrent désormais une part des besoins. Ces efforts réduisent fortement les émissions des scopes 1 et 2. Mais ils ne traitent pas le cœur du problème : l’empreinte matière. L’aluminium primaire, par exemple, peut représenter plus de 70 % de l’impact d’une poêle ou d’une casserole. C’est pourquoi les industriels misent désormais sur l’intégration d’aluminium recyclé, qui nécessite beaucoup moins d’énergie.
L’importance stratégique de la circularité
La montée en puissance des filières de collecte (La Poste, grandes surfaces, collectivités) n’a rien d’anecdotique et les initiatives en la matière du Groupe Seb sont assez remarquables. Tout ceci sert un objectif climatique très précis : sécuriser l’accès à du métal recyclé de qualité. Plus les volumes collectés augmentent, plus les industriels peuvent réduire leur dépendance à l’aluminium primaire importé. Cette logique, encore balbutiante, transforme profondément le modèle industriel : les produits sont pensés pour durer plus longtemps,, les pièces détachées redeviennent un enjeu majeur, la réparabilité devient un pilier de la stratégie climat, les filières locales de recyclage reprennent une place essentielle.
Un enjeu sociétal au-delà du CO₂
Derrière ces trajectoires, il y a aussi une dimension de confiance. Les consommateurs ne croient plus aux promesses vagues. Ils veulent des engagements vérifiables, des chiffres, des normes. Le résultat est une transformation qui dépasse largement les clichés d’un secteur “accessoire”. L’électroménager du quotidien devient un terrain où se joue la crédibilité de la transition écologique européenne : concret, mesurable, industrialisable.
Une évidence qui s’impose enfin
Oui, une bouilloire, une friteuse à air ou une poêle ont un impact climatique. Mais oui aussi, cet impact peut être largement réduit si l’industrie accepte de revoir ses standards : moins de métal primaire, plus de durabilité, plus de réparation, plus de transparence. Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas médiatique. Mais c’est l’une des transitions les plus tangibles, les plus rationnelles… et les plus rapides à mettre en œuvre.








