Dans l’Atlantique, un phénomène naturel prend une ampleur inquiétante : la prolifération massive de sargasses. Appelée « grande ceinture de sargasses de l’Atlantique », elle s’étend sur des milliers de kilomètres, de la côte ouest-africaine jusqu’au golfe du Mexique. En mai dernier, on a enregistré 37,5 millions de tonnes de biomasse au total, auxquelles s’ajoutent 7,3 millions de tonnes dans la mer des Sargasses. Cette situation pose de nombreuses questions sur ses origines, ses conséquences pour l’environnement et les populations, ainsi que sur les moyens de mieux la gérer.
D’où vient et comment évolue le phénomène
Autrefois, les sargasses se concentraient surtout dans la mer des Sargasses. Mais depuis 2011, une dynamique nouvelle s’est installée avec l’apparition annuelle de cette vaste ceinture, sauf en 2013. Une étude de l’université Florida Atlantic, publiée dans la revue Harmful Algae, a permis de décrypter cette évolution. Les chercheurs ont combiné observations océanographiques, imagerie satellite et analyses biochimiques pour y voir plus clair.
L’étude montre que deux espèces principales, Sargassum natans et Sargassum fluitans, sont à l’origine de cette prolifération. Ces algues sont très adaptables et peuvent doubler leur biomasse en seulement 11 jours quand les conditions sont favorables.
Les facteurs qui stimulent la croissance des sargasses
Un des principaux éléments ayant favorisé cette multiplication est l’augmentation de la teneur en azote dans l’océan, qui a progressé de plus de 50 % entre les années 1980 et 2020. L’azote, tout comme le phosphore, contribue largement à la croissance des sargasses. Les apports terrestres, comme le ruissellement agricole et les rejets d’eaux usées, fournissent à ces algues des nutriments, contribuant à la pollution marine. Le fleuve Amazone est lui aussi une source importante de ces éléments nutritifs.
D’autre part, les courants marins jouent un rôle important dans leur déplacement. Par exemple, la phase négative de l’oscillation nord-atlantique observée entre 2009 et 2010 a poussé les masses de sargasses vers le sud. Ces mêmes courants emportent les algues des zones côtières riches en nutriments vers le large.
Les retombées sur l’environnement et les populations
Les conséquences de ces échouages massifs se font sentir sur plusieurs plans. Les plages envahies par ces algues brunes perdent de leur attractivité touristique. La pêche en pâtit aussi, car les poissons se délocalisent vers des zones moins encombrées par ces algues. Par ailleurs, la décomposition de ces amas sur terre peut dégager des gaz toxiques, ce qui représente un risque pour la sécurité publique.
Les communautés côtières, surtout celles des Antilles, sont directement affectées par ces situations. Face à une gestion souvent jugée insuffisante, plusieurs recours ont été introduits auprès du tribunal administratif et des plaintes pénales ont été déposées.
Comment on réagit à ce problème
Pour mieux gérer ce phénomène, il est nécessaire d’en comprendre toutes les facettes. Comme le dit Brian Lapointe : « Comprendre comment elles se multiplient, ce qui stimule cette croissance et pourquoi on assiste à une augmentation aussi spectaculaire de leur biomasse est fondamental. » Il précise que « ce phénomène traduit une transition des apports de nutriments d’origine naturelle vers ceux issus du ruissellement agricole et des rejets d’eaux usées. »








