Le 13 octobre 2025, le syndicat IPSO a déposé une plainte devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la BCE, avant d’en rendre public le contenu une semaine plus tard. Au cœur du dossier : des accusations de « censure » et d’« intimidation » internes. Selon les plaignants, la banque dirigée par Christine Lagarde aurait restreint la liberté d’expression de ses salariés et multiplié les pressions sur leurs représentants.
La BCE sous pression : quand la critique devient un risque professionnel
Le conflit entre la BCE et son syndicat s’enracine dans une série d’incidents qui, selon IPSO, auraient fragilisé les droits du personnel. Dans un courrier adressé à Christine Lagarde, le représentant du personnel Carlos Bowles dénonce une direction qui « aurait interdit d’exprimer nos critiques publiquement » et qui « cherche à museler les voix divergentes ». D’après La Stampa, cette plainte vise explicitement « la censure exercée sur les communications internes et les représailles contre certains délégués ».
Selon Le Monde, les dirigeants d’IPSO affirment que des élus ont reçu des avertissements disciplinaires après avoir commenté la politique de ressources humaines de la banque. Le syndicat estime que ces mesures violent la liberté syndicale garantie par le droit européen. L’organisation accuse aussi la BCE de profiter de son statut juridique particulier : en tant qu’institution supranationale, elle n’est soumise ni au droit allemand du travail, ni directement à la législation communautaire.
Les syndicats européens ont réagi rapidement. L’EPSU (European Public Service Union) a exprimé son soutien aux salariés de Francfort, dénonçant « une institution qui se cache derrière son statut extraterritorial pour éviter d’appliquer les normes internationales du travail », selon son secrétaire général Jan Willem Goudriaan.
Des accusations précises : intimidation, favoritisme et réduction du temps syndical
Au-delà de la censure alléguée, IPSO dénonce une détérioration des conditions de dialogue interne. Selon BFM TV, la direction aurait proposé de réduire le temps de délégation syndicale : 100 % du temps pour le porte-parole deviendrait 75 %, tandis que les autres élus passeraient à 50 %. Le syndicat considère cette mesure comme une forme d’intimidation, limitant sa capacité à représenter efficacement le personnel.
Dans une lettre adressée à la présidente, Carlos Bowles écrit : « Nous regrettons de constater que les principes de transparence et de responsabilité, prônés à l’extérieur de la BCE, semblent avoir peu de valeur à l’intérieur de son propre système de pouvoir », relaye le Financial Times.
Une enquête interne menée par le syndicat auprès de 1 425 salariés révèle un climat de défiance généralisée : 77 % des répondants estiment que les promotions dépendent avant tout de « connaître les bonnes personnes », tandis que seulement 19 % pensent que la BCE favorise réellement les plus compétents. D’après le syndicat, cette culture du favoritisme s’accompagne de pressions psychologiques, d’une montée du burn-out et d’un sentiment d’insécurité parmi les personnels sous contrat temporaire.
Plainte à Luxembourg : la BCE face à la justice européenne
Le 13 octobre 2025, IPSO a donc déposé sa plainte devant le Tribunal général de l’Union européenne, la juridiction compétente en matière de litiges institutionnels. L’action vise à faire reconnaître que la BCE a enfreint la Charte des droits fondamentaux de l’UE, notamment les articles relatifs à la liberté d’association et à la liberté d’expression. Selon Le Monde et le Financial Times, la requête détaille plusieurs cas de « menaces disciplinaires », de « blocage de communications syndicales » et d’« abus d’autorité ».
La BCE, pour sa part, a confirmé avoir reçu notification du recours mais n’a pas souhaité commenter le fond du dossier, invoquant la confidentialité de la procédure. Une porte-parole citée par Reuters a simplement rappelé que « la BCE respecte les droits des représentants du personnel et maintient un dialogue constant avec ses partenaires sociaux ». Cette défense prudente n’a pas convaincu les représentants syndicaux : selon IPSO, la direction tente de « gagner du temps » pour éviter un examen public du dossier.
Le recours introduit à Luxembourg pourrait faire jurisprudence : c’est la première fois qu’un syndicat interne à une institution européenne attaque directement celle-ci devant la CJUE. Pour EPSU, cette affaire est un « test de la cohérence de l’Union européenne avec ses propres valeurs ». Si les juges confirment la recevabilité du recours, une audience publique devrait se tenir au premier semestre 2026. En attendant, les tensions persistent au siège de Francfort : plusieurs élus du personnel disent craindre des « représailles professionnelles » après leur participation à la plainte, rapporte La Stampa.








