Le méthane, ce gaz à effet de serre souvent mis de côté, attire désormais l’attention des climatologues car sa concentration dans l’atmosphère augmente. Selon un article publié le 5 février dans la revue Science, cette hausse dépasse ce que prévoyaient les modèles, ce qui pose des questions sur sa contribution au réchauffement. Le méthane est le deuxième gaz à effet de serre après le dioxyde de carbone, et il est responsable d’un tiers du réchauffement global. Cette tendance inquiétante interroge sur les facteurs ayant provoqué cette montée inédite depuis 2020.
D’où ça vient ? Causes humaines et naturelles
La recherche, menée par une équipe internationale incluant Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), met en avant des causes à la fois humaines et naturelles. En 2020 et 2021, les confinements liés à la pandémie de Covid-19 ont réduit l’activité économique et fait baisser les émissions de polluants atmosphériques comme les oxydes d’azote (NOx) et le monoxyde de carbone (CO).
Ces polluants favorisent normalement la formation de radicaux hydroxyles (OH), les agents qui « nettoient » l’atmosphère en détruisant le méthane. L’effondrement des niveaux de NOx et de CO a paradoxalement réduit la quantité de radicaux OH, ce qui a laissé plus de méthane dans l’air. Selon l’étude, cette situation expliquerait 80 % de l’accélération anormale de l’accumulation de méthane sur cette période.
Les zones humides sont une autre source importante de méthane, tout comme les fuites de méthane observées en Antarctique. Les conditions très humides liées au phénomène La Niña entre 2020 et 2023 ont renforcé les émissions des marais, lacs et sols saturés en eau, surtout en Afrique tropicale et en Asie du Sud-Est. À l’inverse, les émissions liées à la production d’énergies fossiles et aux feux de forêt ont peu changé pendant la même période.
Revoir les modèles climatiques
Ces éléments montrent qu’il faut réévaluer nos modèles climatiques existants. La sous-estimation de la hausse du méthane entre 2020 et 2021 suggère, comme le dit Philippe Ciais, « il manque des cases dans nos modèles ». Il est nécessaire d’intégrer ces nouvelles variables pour mieux comprendre comment réagissent les sources naturelles de méthane aux changements climatiques et aux modifications des conditions d’humidité.








